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DOSSIER APPRENTISSAGE

Publié le 19 septembre 2015

DOSSIER APPRENTISSAGE :

LES APPRENTIS, DE PLUS EN PLUS MALTRAITÉS

Manuel Valls a fait sa rentrée. Il a promis un nouveau cadeau au patronat. Depuis le début, le gouvernement Hollande est en effet aux ordres des chefs d’entreprise. Il multiplie les mesures en leur faveur. Il diminue sans cesse les droits des travailleurs. Il se prépare maintenant à attaquer les plus faibles : les apprentis. Le statut d’apprenti a été plusieurs fois « retouché »par le passé. Le gouvernement actuel lui réserve une monstrueuse dégradation.

La mesure essentielle de cette «  réforme  » de l’apprentissage, qui s’insère dans une grande campagne publicitaire de recrutement, laisse sans voix.

Il s’agit, ni plus ni moins, d’augmenter le temps de travail des jeunes, de les exploiter encore plus  !

Ce que Hollande, Valls, Macron, Gattaz et compagnie préparent, c’est la fin des 35 heures pour les apprentis.

Cette attaque frontale contre les apprentis est monstrueuse pour deux raisons.

LES APPRENTIS, SUREXPOSÉS AUX ACCIDENTS

La première, c’est que les jeunes travailleurs sont déjà surexposés aux accidents du travail. Augmenter leur temps de travail, c’est multiplier les risques d’accident. Or, les chiffres prouvent que les jeunes (et donc les apprentis) ont déjà trois fois plus d’accident du travail que les adultes ! C’est l’INSEE [1] qui le démontre. En effet un rapport de cet institut [2] indique que les travailleurs de moins de 20 ans courent trois fois plus de risques d’avoir des accidents que ceux de 50 à 59 ans, ce qui est énorme. Pour ceux de 20 à 29 ans c’est deux fois plus, ce qui reste très élevé.

La raison est simple : la connaissance des risques et encore plus la manière de les éviter (pour ainsi dire, les bons «  réflexes », les seuls qui vaillent) ne s’acquièrent qu’avec le temps.

Donc, logiquement, pour compenser ce risque accru, les jeunes devraient avoir une durée de travail inférieure à celle de leurs aînés. En tout cas, c’est ce qu’un raisonnement rationnel nous permettrait de conclure. C’est l’inverse que le gouvernement prépare.

Après ça, Hollande peut toujours claironner que la jeunesse est sa première priorité !

LES APPRENTIS, UNE POPULATION FRAGILISÉE

La deuxième grande raison c’est que, si la condition salariale ne fait que se dégrader depuis plusieurs années pour tout le monde, les jeunes (et singulièrement les apprentis) présentent une plus grande vulnérabilité face à l’exploitation du fait de relations sociales moins soutenantes (ils n’ont pas de bons «  carnet d’adresses » en cas de problème) et d’une absence d’organisation collective [3].

A cela s’ajoute qu’augmenter le temps de travail, c’est bien sûr diminuer le temps de loisir (essentiel pour des jeunes de 16, 17 ou 18 ans) mais aussi entraver la partie « études » de leur formation : être fatigué entraîne obligatoirement moins de disponibilité pour les enseignements théoriques qui sont généralement la pierre d’achoppement pour eux.

Pourquoi le gouvernement s’attaque-t-il aux apprentis qui vivent déjà une situation précaire (payes dérisoires, statut misérable, apprentissage non suivi d’insertion professionnelle…) ?

C’est simple : il sait qu’ils n’ont pas les moyens de s’organiser pour se défendre eux-mêmes ; il sait tout autant que peu d’adultes élèveront la voix pour protéger cette partie la plus fragile de la jeunesse. Cette régression sociale, honteuse sur le plan éthique, est donc sans risque pour lui. Elle lui permet de faire, sur le dos de la jeunesse, un cadeau supplémentaire aux patrons-bousiers (des plus-values supplémentaire par apprenti tomberont dans leurs poches chaque semaine - déjà que l’apprenti est totalement « gratuit » pour le patron dans certains cas...) et surtout de progresser dans sa stratégie d’anéantissement par grignotage des 35 heures.

Commencer par les catégories les plus fragiles et les moins organisées de la population, est en effet une tactique qui permet de mettre en œuvre une régression sociale facilement et sans faire de bruit.

On voit quel est l’objectif final  : tout le monde sait que ça ferait très, très plaisir aux patrons, si les 35 heures étaient supprimées partout et que l’on repassait aux 40 heures (voire plus) sans (ou avec si peu) d’augmentation des salaires… C’est cet objectif nuisible que nos dirigeants, complices des patrons préparent. Comme le dit Emmanuel Macron, qui se voit déjà en grand fossoyeur des 35 heures : « La gauche a pu croire, il y a longtemps, que la France pourrait aller mieux en travaillant moins. Tout cela est désormais derrière nous  ». Macron ne dit pas tout : le pire, c’est que des travailleurs, des ouvriers ont pu croire en « la gauche », mais ça aussi, ça commence à être loin derrière nous.

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NE DITES PLUS MON PETIT PATRON, DITES MON PETIT BOUSIER

Vous n’avez pas pu échapper, sur les antennes radio, à la paire de spots publicitaires du gouvernement sur l’apprentissage, fruit de la cogitation des têtes d’œufs qui s’agitent dans les sphères ministérielles et de leurs copains des agences de publicité. Nous ne résistons pas au plaisir d’en reproduire intégralement, ci-après, l’un des deux :

[Voix d’homme sur fond de musique pseudo-chinoise]
« Enfin, petit scarabée, à force de détermination tu es devenu chef accompli d’une petite entreprise. Mais qui saura suivre ton enseignement et celui de tes salariés ? Qui te fera gagner en compétitivité ? Oui un apprenti, et avec la nouvelle aide TPE jeune apprenti, sa formation te coutera 0 euro. Alors, agis maintenant petit scarabée ! »

[Voix de femme sur quelques notes de Marseillaise]
« Aide garantie et accompagnement. Chefs d’entreprises, c’est le moment de penser à l’apprentissage. L’apprentissage, c’est votre avenir. »

[Voix d’homme sur fond de musique pseudo-chinoise]
« Va petit scarabée va sur apprentissage.gouv.fr » [4]

Comme les technocrates des cabinets ministériels et les piliers des agences de Com’ (qui facturent leurs misérables sottises à prix d’or) l’ignorent, mais comme tout paysan (ou apprenti biologiste) le sait, l’activité du scarabée le plus célèbre (Scarabaeus sacer pour les intimes) est de rouler des boules de… caca. C’est d’ailleurs pour ça qu’on l’appelle affectueusement « bousier ». De très nombreux autres scarabées se délectent de la même matière et considèrent « … la bouse comme un paradis : les adultes y trouvent à manger et des partenaires pour se reproduire… » [5]

Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas. Nous ne discuterons donc pas des goûts patronaux. Mais, envoyer des adolescent(e)s qui n’ont rien demandé, chez des bousiers, tout de même, ça frise la maltraitance…

Un ami des bêtes

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PUBLICITÉ (D’ÉTAT) MENSONGÈRE

Voici le texte d’une des multiples publicités d’État concernant le travail des jeunes [6].

« La réglementation sur le travail des jeunes est simplifiée.

Le cadre réglementaire de mise en situation professionnelle des jeunes, apprentis, élèves, stagiaires a été simplifié tout en garantissant un niveau de protection inchangé pour les mineurs. Cet assouplissement permet de réaffirmer un engagement fort du gouvernement afin de favoriser l’insertion professionnelle des jeunes. Deux décrets du 17 avril entreront en vigueur le 2 mai :

- le 1er décret introduit une simplification administrative importante pour l’accueil des jeunes en formation dans l’entreprise et en établissement d’enseignement : la procédure de demande d’autorisation à déroger auprès de l’inspecteur du travail pour les travaux interdits aux jeunes âgés de moins de 18 ans est remplacée par un régime déclaratif ;
- le 2nd décret porte sur les travaux temporaires en hauteur des jeunes âgés de moins de 18 ans et permet l’utilisation des échelles, escabeaux et marchepieds lorsque les équipements de travail munis d’une protection collective ne peuvent pas être utilisés. Cela concerne notamment la cueillette et la récolte des fruits dans certaines configurations. »
En quoi cette publicité est-elle mensongère ?

En ce qu’elle prétend que les régressions annoncées à grands coups de trompette comme des simplifications (sous-entendu, des progrès) garantissent « un niveau de protection inchangé pour les mineurs ».

Le 1er décret annule le contrôle préalable des dangers pouvant exister qui permettait à l’inspection du travail de vérifier :
-  d’une part que l’interdiction totale de certains travaux aux mineurs était bien respectée (par exemple, interdiction de conduire un tracteur),
-  d’autre part que les travaux pour lesquels une dérogation peut réglementairement être obtenue, étaient réalisés avec toutes les garanties de sécurité (en particulier pour l’utilisation de machines dangereuses, par exemple une herse rotative).

Malgré ces contrôles, des patrons passaient outre, d’où de graves accidents.

Ce contrôle est maintenant remplacé par une simple « déclaration » patronale. Or, nous avons rarement vu un patron, même lorsque les conditions d’insécurité sont désastreuses, déclarer qu’il y avait problème dans son entreprise… Le contrôle n’aura lieu, éventuellement, qu’après un accident… ce qui laisse au patron, avec un peu de pratique, le temps de se mettre « en règle », ni vu ni connu. Et ce n’est pas la parole du malheureux apprenti qui pèsera quelque chose dans la balance.

Ce premier décret ne garantit donc pas un niveau équivalent de sécurité, loin de là.

Le deuxième décret autorise le travail en hauteur dans les pires conditions, puisqu’il permet maintenant d’utiliser du matériel dit sans protection passive (escabeaux, échelles) sur les terrains les plus accidentés (vergers…). Or, le travail en hauteur est déjà une des situations professionnelles les plus accidentogènes. On ne voit pas comment le fait d’utiliser maintenant un matériel sans protection sur des sols inadéquats pourrait garantir les mêmes conditions de sécurité que lorsque ces travaux étaient interdits aux mineurs.

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APPRENTISSAGE, UNE FORMATION DOUTEUSE

Loin d’être « la » grande solution, la panacée pour les jeunes qui n’ont plus envie d’aller à l’école, l’apprentissage est, pour une bonne part d’entre eux, une formation qualitativement assez douteuse.

C’est pourquoi les apprentis «  ratent  » plus souvent leurs examens que les lycéens professionnels qui préparent le même diplôme  : « les taux de réussite aux examens restent encore très inférieurs pour les élèves de l’apprentissage ». L’écart est «  significatif », c’est-à-dire important, entre les deux populations de jeunes ce qui « témoigne des difficultés que rencontrent parfois les apprentis pour valider » la formation qu’ils ont suivie. C’est particulièrement vrai pour les formations les moins basiques (24 % d’échecs en plus pour les brevets de technicien ou les brevets des métiers d’art).

Ensuite, contrairement à l’idée reçue selon laquelle un patron forme un apprenti pour le « garder », plus d’un tiers « des jeunes apprentis… ne trouvent pas d’emplois à l’issue de leur formation  ». La sénatrice qui a écrit le rapport dont nos citations sont extraites, ajoute qu’il serait bon de « s’interroger sur les raisons qui conduisent un employeur sur trois à ne pas recruter son apprenti. »

Ne vous fatiguez pas à vous interroger, Madame la sénatrice : c’est tout bonnement qu’un apprenti sur trois (au moins) est un jeune salarié kleenex.
Les patrons le prennent parce qu’un apprenti ça ne coûte rien (ou pas grand-chose suivant les cas) et que ça rapporte finalement pas mal d’argent. Quant à l’avenir de l’apprenti, les patrons-bousiers s’en moquent comme de leur première couche culotte.

Enfin, si lorsqu’ils viennent d’achever leur formation, les apprentis « s’insèrent plus facilement que les diplômés sous statut scolaire » (il y a tout de même des patrons qui « gardent » leur ancien apprenti), cette différence est rapidement résorbée par la suite. Plus grave, avec un niveau plus faible dans les connaissances théoriques, « les apprentis sont souvent moins armés que les lycéens professionnels pour évoluer tout au long de leur carrière. » A une époque ou l’évolution technique est rapide, c’est là une grave lacune qui handicape le futur de ces jeunes.

Les citations entre guillemets sont extraites d’un rapport sénatorial de 2009, http://www.senat.fr/rap/a08-100-5/a08-100-58.html#toc203

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