Réponse à fachos partout ? Anars nulle part ?

La lutte est avant tout idéologique

Chers compagnons, Merci de cet article intéressant.

Un commentaire perso si vous permettez :"fachos partout, anars nulle part". C’est très juste. L’auteur explique que ceci est du au fait que nous aurions perdu la bataille d’internet.

A vrai dire, il me semble que ce n’est pas tant un problème de moyens (internet en l’occurrence) qu’un problème de fond, beaucoup plus grave. En effet, la bataille que nous avons perdu c’est celle des IDÉES, c’est à dire la bataille de l’idéologie (car à quoi bon inonder internet si on a pas une idéologie ? on ne va pas publier des photos de petits chats ...).

Or il y a de cela un peu plus de 25 ans, en 1993, a eu lieu une scission dans le mouvement libertaire qui s’est faite justement sur cette question de l’idéologie : toute une frange du mouvement libertaire (allié pour la circonstance avec des personnes qui n’en étaient pas ...) a déclaré qu’il fallait en finir avec l’expression de l’idéologie, que nous en faisons trop, que nous ne savions que radoter sur bakounine-kropotkine-proudhon, ... en un mot qu’il fallait être pragmatique.

Ce fut la scission de la CNT. Le mouvement libertaire s’engouffra à la suite des "pragmatiques" qui ne cessaient de clamer "la CNT n’est pas anarchiste" (cf l’article dans libé en 1998 : http://blog.cnt-ait.info/post/2019/11/16/CNT-ANARCHISTE), et il faut bien reconnaître hélas que le ML (relire les articles de Yves Peyrault) et la FA ne furent pas les derniers à appuyer les Vignoles dans cette direction "pragmatique". Les Vignoles, après avoir drainé et asséché le mouvement libertaire en l’emmenant sur les rives du "pragmatisme a-idéologique" se sont finalement échoués car sans boussole on ne mène pas bien loin son embarcation sinon sur les plages du réformisme le plus plat ...

25 ans après cette scission, c’est le temps d’une génération, une génération perdue. Pendant que nous laissions le terrain des idées - croyant le combler par ailleurs pour un "antifascisme de rue" complètement fantasmé et délirant - les fascistes eux avaient lu Gramsci et compagnie et occupaient le terrain de l’idéologie, car en politique comme en toute chose la nature a horreur du vide.

Résultat, se sentant confortés sur le terrain des idées, les fascistes n’ont plus peur d’aller dans la rue, d’autant plus que les "antifa"croient leur damer le pion à coup de vidéos et d’images tout autant mytho qu’inopérantes sur internet.

Plus grave encore (car après tout les fascistes bruns ne sont pas de notre famille de pensée), ce vide idéologique du mouvement libertaire a permis que des coucous postmodernes et autres raci(al)istes y fassent leur nid, si bien qu’aujourd’hui un béotien aurait bien du mal à percevoir ce qu’est l’idéologie anarchiste dans le
fatras de confusion déversées sur internet.
Reste quelques esquifs éparpillés qui n’ont pas abandonné le cap dont vous faites partie.

Si nous n’avons pas un corpus idéologique suffisamment charpenté, nous pouvons bien aller sur internet ou dans la rue, nous nous ferons balayer comme une coquille de noix dans la tempête. Espérons que nous saurons nous retrouver dans le brouillard idéologique prévalent, pour qu’un jour on n’oublie pas que les anars
ça descend dans la rue armés de foutues idées ...