Le terrorisme, les mystificateurs et Nous

Mercredi 27 décembre 2017, par cnt // Justice/Injustice

Nous écrivions dans notre n°155 qu’il n’existe strictement aucun rapport entre certaines mises en pratique des nouvelles lois anti-terroristes et les faits qui ont motivé l’état d’urgence. Nous y dénoncions aussi bien l’inutilité de ces lois, supposées de lutter contre le terrorisme, que l’opportunisme de leur application. Inutilité, et les statistiques de l’État le prouvent, car ces lois déclarant l’état d’urgence n’ont, en aucune façon, permis de lutter plus efficacement contre le terrorisme. Leur application a été opportuniste car l’État les a utilisées pour s’attaquer à des opposants politiques n’ayant rien à voir avec le terrorisme. Ainsi des militants libertaires (donc athées, sans dieux), dont un compagnon de la CNT AIT, ont été condamnés en vertu d’une loi édictée pour lutter exclusivement contre le terrorisme religieux. Une fois de plus, l’État montre qu’il ne craint pas de paraître absurde pour parvenir à ses fins.

La véritable préoccupation du pouvoir ne semble, donc, pas tant être le terrorisme des fanatiques religieux qu’une prétendue nébuleuse anarcho-libertaire, plus fantasmée que réelle, et qu’il a ressorti de son chapeau à l’occasion de faits s’étant produits dans la région de Grenoble/Meylan, faits que les media ont présenté de manière caricaturale en montant en épingles leurs conclusions. Cela ne nous étonne pas, mais ce n’est pas cette mascarade qui a attiré notre attention.

En revanche, ce qui nous a vraiment interpellés, c’est la stigmatisation à laquelle s’est livré, par exemple, le secrétaire général du syndicat Vigi de la police nationale [1], à propos « des activistes [sous-entendu anarcho-libertaires] partis combattre Daesh et Bachar Al-Assad, en Syrie, au côté des kurdes ». Lorsqu’il précise son discours, volontairement et idéologiquement orienté, il affirme que « lorsqu’ils reviennent sur le territoire, ils [ces activistes] maîtrisent les techniques de guerre » et il ajoute que « ni la DGSI, ni le renseignement territorial ne les suivent » et que « une fois rentrés, on ne sait pas ce qu’ils font, ni où ils se trouvent ». Cela nous laisse présager des intentions réelles du pouvoir. Il termine, d’ailleurs, en disant : « Une chose est sûre : Ils sont de plus en plus redoutés ».

Ces dernières paroles sont une incitation à la paranoïa générale. A défaut d’être dangereux (puisqu’ils sont redoutés !) d’un point de vue terroriste, le délire autour du fantasme anarcho-libertaire a comme conséquence de mettre des individus partis combattre contre Daesh et/ou contre le tyran Al-Assad sur le même pied que les terroristes islamo-fascistes pro-daesh qui, eux, ont réellement commis des massacres et des assassinats, partout dans le monde contre des populations civiles. Il ne faut pas se laisser induire en erreur et croire que tous ceux qui sont partis combattre, aux côtés des kurdes, sont des libertaires. Il faut tenir compte que, sur place, sont présents des « volontaires » de toutes tendances. Les assimiler, tous et sans distinction aucune, à une prétendue mouvance anarcho-libertaire, c’est ce que cherchent les services de police. Bien que les propos de ce fonctionnaire puissent sonner comme une réponse à notre article, cité en début de page, nous savons que c’est simplement, la suite logique de l’instrumentalisation du terrorisme à l’encontre de toutes les formes de luttes contre l’État, le capitalisme et les religions et à l’encontre de toutes les tendances hostiles au capitalisme & consorts. Il nous apparaît clairement que le rôle du terrorisme islamiste a une finalité policière puisqu’il permet à l’État de faire entrer l’état d’urgence dans le droit commun ; que cela soit voulu, ou non, nous savons que, de toute manière, c’est l’occasion qui fait le larron. Le but des actions terroristes n’est, au final, "peut-être" pas celui que le pouvoir et les media prétendent. De plus, la surenchère délirante à propos d’une mouvance anarcho-libertaire n’est pas innocente car cette dernière n’a absolument rien de comparable avec le terrorisme bien réel que nous connaissons depuis plusieurs années [2] [3]. Le récent passage de Macron à Doha, où « il » a signé, avec l’aristocratie locale, de juteux contrats, notamment d’armement, alors que le Quatar est sans conteste un soutien avéré des terroristes, montre, d’une part, que les États ne s’embarrassent pas de morale dès qu’il s’agit de leurs intérêts, en particulier financiers, et que, d’autre part, le terrorisme islamiste est lié, de près ou de loin, aux intérêts capitalistes des uns et des autres. A l’évidence, capitalisme et religion font bon ménage [4]. Faut-il s’étonner de la complicité qui existe entre des idéologies criminelles ?

Dans tous les cas, il y a, là, de la part des autorités, une volonté de discréditer les idées libertaires en stigmatisant des combattants de la liberté, éventuellement de retour en France et susceptibles de populariser leur expérience de vie et de lutte. L’existence d’un projet libertaire au Rojava, quel que soit son avenir et sa forme, prouve que tous les espoirs sont possibles pour ceux qui veulent bâtir un autre monde. Les idées libertaires gardent leur vigueur, un peu partout, et elles ne demandent qu’à renaître ; des militants libertaires de retour du Rojava peuvent favoriser cette renaissance.

[3Il n’en va pas de même avec les attentats terroristes de l’extrême-droite : https://blogs.mediapart.fr/vilmauve/blog/310117/le-terrorisme-dextreme-droite
Ceux-ci sont d’une similitude frappante avec le terrorisme religieux.