APRÈS 30 ANS DE "BAVURES"...

Dimanche 5 mars 2017, par cnt // Justice/Injustice

Le cas récent du jeune Théo, 22ans, nous oblige de commencer par rappeler la longue liste des violences policières. Depuis plusieurs années, les "bavures" policières se produisent dans un contexte de banalisation des idées d’extrême-droite et d’autres courants réactionnaires. C’est un vent général qui souffle par delà les frontières de l’État français mais nous en faisons, ici, le constat spécifique pour la région France. En effet, la généralisation de ces actes criminels s’inscrit dans la stigmatisation et peut aussi être lue à travers la grille du racisme et de la xénophobie. Sur tous les plateaux de télévision, la répétition sans relâche que les chômeurs sont des fainéants, qu’il n’y a que de la racaille dans les quartiers et que tous les maghrébins sont des terroristes, justifierait au yeux de l’opinion publique une certaine répression.

Revenons à la liste des violences policières et prenons comme exemple la tranche entre 2010 et 2015. En 2010, il y a eu 9 morts ; en 2011, il y a eu 10 morts ; en 2012, 14 morts ; en 2013, 3 morts, en 2014, 8 morts et, en 2015, 1 mort. A ces chiffres, il ne faut pas oublier d’ajouter les blessés : mutilations diverses dont œil, nez (par tirs tendus de flash-ball, notamment), les fractures et autres traumatismes, sans oublier les traumatismes psychologiques, etc. N’oublions pas non plus les privations de liberté et les interdictions (comme celles de manifester) qui nous paraissent très importantes à signaler. En 6 ans, nous avons donc eu 45 morts, Ce nombre tout simplement révoltant ne peut relever du hasard. Tout cela, du moins grave au plus grave, découle de la même logique et n’a qu’un seul objectif, nous faire taire.

Il s’agit, en fait, de mater purement et simplement les couches les plus défavorisées de notre société. Avec l’instauration d’un libéralisme économique le plus sauvage possible, il est devenu nécessaire d’accentuer le matraquage « préventif » de tous les laissés pour compte. En effet, comment accepter que ceux-ci puissent se rebeller face a un système qui vante à longueur de publicités : la réussite individuelle, la concurrence sans limites, les prétendus bienfaits de l’économie et du développement durables et la réification totale de l’être humain ? Comment imaginer et accepter que tous les prolétaires puissent s’unir contre leur même ennemi ? Les personnes les plus pauvres, dont celles des quartiers populaires, sont les perdantes de cette mondialisation. Les pauvres n’ont qu’un seul choix ; celui de se soumettre et d’accepter leur sort comme autant de fatalités. Que ce soit au nom du mérite ou que ce soit au nom de dieu, le résultat est le même : vivre en esclaves dociles ou passer à la trappe.

Nous sommes à l’ère du libéral-sécuritaire où le contrôle des populations se doit d’être sévère parce qu’il est absolument nécessaire de faire passer la pilule des injustices flagrantes. Il ne s’agit pas d’un retour au capitalisme du XIX° siècle, cher à Karl Marx, qui serait simplement accompagné d’une illusion de liberté procurée par une consommation intensive des nouveaux fétiches à la mode d’aujourd’hui que sont les joujoux technologiques et l’internet. C’est le concept d’aliénation qui trouve, ici, toute sa place et toute sa pertinence.

Depuis le 11 Septembre 2001, nous assistons à une très nette intensification de l’oppression et de la répression ainsi qu’à une montée très flagrante des antagonismes sociaux. La petite bourgeoisie, qui de nos jours est synonyme de classe moyenne, s’effondre inexorablement et plonge rejoindre le prolétariat. La concurrence tant vantée par l’économie de marché (c’est le joli nom qui aujourd’hui veut dire capitalisme) s’amenuise et seules quelques grandes multinationales dictent leur volonté au reste de la planète ; le capitalisme, c’est le monopole.

L’américanisation de nos sociétés est en route, c’est un fait. Ce n’est pas uniquement le cas d’un point de vue économique, mais c’est aussi le cas d’un point de vue politique et social. Il est clair que le marché de l’idéologie capitaliste produit également des concepts "génétiquement" modifiés, toxiques pour la santé mentale. Ceux qui exploitent ces concepts n’hésitent pas à s’emparer du cas de Théo comme ils se sont emparés du cas de Wissam et d’autres victimes au nom de la race et autres identités. La misère des uns et des autres est, elle aussi, exploitée. Cela ne peut conduire qu’à une seule chose : conforter le système capitaliste !