GEORGE ORWELL L’A CAUCHEMARDE, CAZENEUVE L’A FAIT

Vendredi 9 décembre 2016, par cnt // Justice/Injustice

Depuis les attentats de Charlie Hebdo (janvier 2015) on constate que la réponse du gouvernement est uniquement sécuritaire. Et on voit aussi que les différentes mesures mises en place par le gouvernement (état d’urgence, arrestations arbitraires d’opposants politiques, interdictions de manifester et assignations à résidence) ne semblent pas faire réagir les masses.

Ce soir, en rentrant du travail, je devrais allumer la webcam de mon ordinateur afin que le « Service des renseignements intimes de l’État Normal » puisse contrôler ma vie privée. Cette mesure a été mise en place en juin 2017, après la réélection surprise de François Hollande au poste de président de la République. Dans la foulée, Bernard Cazeneuve a été nommé « ministre de l’Intérieur et du contrôle de la vie privée ». Sans aucune opposition : Bernard a pour mission de défendre notre sécurité. Car, depuis janvier 2017, les terroristes islamistes ont multiplié les attentats – ou les tentatives d’attentat, ou les suspicions de tentative, c’est pareil – sur le sol français. Face à ces terribles événements, le gouvernement, nous a-t-on expliqué en long, en large et en travers, n’avait pas d’autre choix que d’étendre le contrôle à l’intimité de chacun avec l’obligation d’allumer la webcam fournie par l’État dès qu’on rentre chez soi. Sans compter la multiplication des caméras de vidéoflicage dans les rues, les micros, la surveillance de toute la correspondance électronique… Il paraît que les français se sentent ainsi plus en sécurité, mais moi, je me sens un peu mal à l’aise, surtout depuis que j’ai retrouvé et relu mon exemplaire de « 1984 » de Georges Orwell.

Quittons la fiction et voyons la réalité. Depuis les attentats de Charlie Hebdo (janvier 2015) on constate que la réponse du gouvernement est uniquement sécuritaire. Et on voit aussi que les différentes mesures mises en place par le gouvernement (état d’urgence, arrestations arbitraires d’opposants politiques, interdictions de manifester et assignations à résidence) ne semblent pas faire réagir les masses.

Le tout dernier chapitre de cette évolution qui ressemble de plus en plus à la politique de « Big Brother » est le projet de mise en place d’un fichier généralisé des Français avec la création des « titres électroniques sécurisés ». Ce ne sont pas moins de 65 millions d’individus qui sont visés... comme si nous étions tous des terroristes.
Les faits sont les suivants. Le ministère de l’Intérieur vient de publier, subrepticement, sans véritable débat, sans aucune information préalable de la population, comme un véritable oukaze le « Décret n° 2016-1460 du 28 octobre 2016 autorisant la création d’un traitement de données à caractère personnel relatif aux passeports et aux cartes nationales d’identité ».

L’introduction de ce décret précise : « Publics concernés : citoyens français, administrations » et fixe l’objet « création d’un traitement de données à caractère personnel commun aux passeports et aux cartes nationales d’identité. » avec une entrée en vigueur « le lendemain de sa publication » au Journal officiel.
Le prétexte de ce fichage généralisé, serait de faire quelques économies budgétaires (en supprimant environ 1 300 postes de fonctionnaires dans les préfectures).

La réalité, c’est la transformation de la bonne vieille carte d’identité classique en un document biométrique. Biométrique qu’est-ce que c’est ? C’est le fait d’intégrer une puce électronique dans le document, puce qui contient des informations personnelles de l’usager, informations stockées dans un fichier et consultables par les fonctionnaires ou agents de police qui entreront en contact avec le possesseur du document. Le contenu du fichier est large. Il comportera entre autres l’adresse, l’e-mail, le numéro de téléphone, les empreintes digitales, la filiation des parents, une photo... Autant d’éléments permettant d’identifier facilement une personne et éventuellement de consulter à partir de ces données d’autres fichiers, plus ou moins légaux. Le passeport est déjà depuis plusieurs années porteur d’une puce ce qui est déjà contestable, quoique très peu contesté. L’élargissement à la carte d’identité et la création de ce fichier géant sont très inquiétantes, il s’agit en fait d’un contrôle social à très grande échelle, du flicage high-tech généralisé.

Ce décret a été lancé sans que quiconque puisse réellement donner son avis. Exemple qui démontre à la fois le ridicule des procédures et leur caractère parfaitement arbitraire : ce n’est que « Mercredi 16 novembre 2016, après une déclaration du Gouvernement [que] les sénateurs ont débattu, en séance publique, du décret du 28 octobre 2016 autorisant la création d’un traitement de données à caractère personnel relatif aux passeports et aux cartes nationales d’identité. »[[https://www.senat.fr/espace_presse/actualites/201611/fichier_tes.html]. Autrement dit, la discussion de ce texte par le parlement intervient plus de 15 jours après sa publication !

Ce décret, totalement antidémocratique tant dans la façon dont il a été imposé que sur le fond, s’inscrit dans la lignée des diverses tentatives de fichage de toute la population a des fins policières. En 1978, le projet SAFARI (sous le sympathique Giscard-d’Estaing) prévoyait déjà de lier les fichiers administratifs entre eux à des fin policières. Le projet avait été abandonné suite au scandale qu’il provoqua, entraînant la création de la CNIL, organisme aujourd’hui très affaibli. Plus récemment, les fichiers européens de demandeurs d’asile et de visa ont été utilisés à des fins policières.

Comble de l’ironie concernant ce fichage — inédit depuis 1940 et le tristement célèbre régime de Vichy — que les socialistes s’empressent de mettre en place (pour simplifier dans quelques mois le « travail » de Marine ?), un texte identique avait été présenté par la droite dure en 2011 quand les socialos-écolo étaient dans l’opposition... A l’époque, ils ont dénoncé vertement ce qui n’était encore qu’un projet comme un « fichage général de la population française ». Et en 2012, un certain Jean-Jacques Urvoas, aujourd’hui ministre de la Justice et promoteur de ce méga-fichier, fut à l’origine, accompagné de 120 parlementaires de gauche d’une censure du Conseil constitutionnel du projet identique proposé par l’UMP/LR à l’époque.

Pourquoi un tel revirement ? Nous attendons la réponse.