RÉFUGIÉS SYRIENS

LA DESTRUCTION DES LOGEMENTS , OU COMMENT CONSTRUIRE LA « CRISE MIGRATOIRE »

Mardi 2 février 2016, par cnt // 87 Logement

Depuis le mois de Décembre l’intensité de la lutte pour la défense du logement des familles de réfugiés syriens est montée de plusieurs crans [1]. Face à notre demande de réquisition de la barre d’immeuble des Izards, où ils se sont auto-logés, le bailleur Habitat Toulouse, toujours dans son refus de faire la moindre concession d’ordre humanitaire, a choisi de commencer à mettre en œuvre une scandaleuse politique de terre brûlée.

Alors même que de leur propre aveu il y a pénurie de logements sociaux, les responsables de cet organisme supposé social ont organisé la destruction systématique d’appartements, mettant de facto à la rue femmes, enfants et vieillards. Les journées du 13 et 14 décembre nous ont clairement montré de quoi le Pouvoir était capable.

Ces jours là, l’affaire était pourtant simple. Une petite communauté de religieuses, locataire en règle d’un appartement en parfait état (et même coquet), déménageait. Une famille de réfugiés syriens (avec un enfant handicapé) souhaitait prendre place dans les lieux ainsi libérés. Le 13 décembre tout cela avait été discuté avec les habitants de la barre. L’arrivée d’un « représentant »du DAL, très sûr de lui, prêt à prendre en main la direction des opérations, affirmant tout connaître du dossier alors qu’il n’en était rien (Ex. : il pensait que les religieuses étaient expulsées…), et promettant qu’il allait revenir le lendemain avec ses forces, son « réseau » (au moins une dizaine de personnes selon ses dires)… aurait du nous mettre la puce à l’oreille.

Au jour dit, le 14, non seulement personne n’est venu en renfort mais curieusement les réfugiés ne se sont pas sortis de leurs appartements. Face à un dispositif d’envergure constitué de représentants de Habitat Toulouse, de démolisseurs professionnels, de vigiles postés en permanence jour et nuit sur le seuil de l’appartement en question, les compagnons de la CNT-AIT qui avaient pu se déplacer se sont retrouvés bien seuls et impuissants. Habitat Toulouse avait été parfaitement informé de nos projets, et face à sa détermination de tout casser, l’absence de mobilisation a transformé cette journée qui aurait pu constituer une petite victoire de plus en une défaite lourde de conséquences. L’appartement a été immédiatement cassé au lieu d’être occupé. Effet psychologique garanti. Par la suite ce sont carrément des pavillons entiers qui ont été rasés dans la cité.

Tout ceci me pose des questions, que signifie ici l’absence totale des associations ? Pourquoi si peu de solidarité parmi les réfugiés ce jour là ? Pour y répondre, je ferai un aller-retour avec le contexte national.

Un mouvement de population est une chose sérieuse qui peut se passer au mieux si deux conditions sont réunies : la décence de l’accueil d’abord et la qualité du dialogue ensuite. Je parlerai clair, le dialogue, dans le contexte actuel, c’est aussi mener au mieux sur ce terrain la bataille idéologique contre les islamistes. Or rien n’est fait au mieux, tout est fait au pire, pour que cela se passe le plus mal possible. L’exemple de Calais le montre. Cette situation inhumaine est entretenue, depuis des années, par l’État de la sixième puissance économique mondiale. Le mot « jungle » est significatif. La « loi de la jungle » est régulièrement invoquée, depuis Hobbes et sa reprise de l’adage latin « L’homme est un loup pour l’homme », pour justifier les forfaits du capitalisme. La volonté politique de casser les logements sociaux aux Izards n’est que l’écho de la volonté politique générale de créer et maintenir une jungle à Calais.

Observons, dans ce mouvement, l’action des associations, elle se fait à deux niveaux, le premier est celui de celles qui s’investissent dans la logistique (donner à manger, aider à se loger, aider dans les différentes démarches,..) c’est le niveau de la solidarité directe, celui que nous encourageons. Le deuxième niveau est celui de militants associatifs qui sont en fait des militants d’organisations politiques (ou leurs « compagnons de route »). Ils veulent « représenter ». C’est pourquoi, ils organisent des manifestations, ils parlent aux médias, mais aussi, ils dirigent les stratégies en fonctions de leurs intérêts, quitte à noyer le poisson, à dissuader de participer à telle ou telle initiative concrète. Derrière leur agitation spectaculaire, qui profite bien peu aux réfugiés, il y a surtout une course aux subsides et aux places avec, comme corollaire, la reprise du discours dominant qui consiste à essentialiser le « migrant ».

Or, nous n’avons pas affaire à un «  migrant-moyen » mais à des êtres humains bien différents, aux trajectoires parfois opposées. Pourtant cette réduction est largement admise et sa conséquence est de clore systématiquement toute possibilité du dialogue nécessaire, ne serait que sur « qui », « pourquoi » et « comment » on soutien les personnes réfugiées.
La construction de la « crise migratoire » marche donc sur deux pattes, une pénurie matérielle voulue et organisée par l’État et ses affidés et une notion réductrice de « migrant » entretenue par le discours dominant. Alors il n’y a donc rien d’étonnant, quand on dénonce concrètement ce scandale, à ce que le premier nous donne des coups et que les propagateurs du second nous fassent des crocs en jambe.