RETOURS DE SYRIE

Lundi 7 décembre 2015, par cnt // Proche et Moyen Orient

Quelques uns de nos chers députés « républicains » et « socialistes » ou assimilés sont partis en voyage diplomatique dans un pays en pleine guerre civile, où depuis plus de quatre ans, s’enchaînent, des meurtres ciblés, des massacres de masse d’humains hommes, femmes, enfants, vieillards… personne n’est épargné.

Le responsable principal de ces tueries est connu de tous : c’est le dernier des Al-Assad, dictateurs de père en fils, le « digne » héritier du trône de son père, Bachar, le boucher. Presque 200 000 morts. Plus de 11 millions de Syriens fuyant sa guerre.

Le cri du peuple était « Bachar dégage » et la réponse de Bachar, « Je reste et je vous tue », avec la complicité passive (et parfois) active de ce que l’on ose appeler la « communauté internationale ».

Des députés français sont dont allés ni plus ni moins que discuter avec ce meurtrier, celui qui terrorise une grande partie des Syriens. Après le serrage de paluches tachées de sang, leur conversation amicale et chaleureuse, comme il se doit, à pu démarrer.

Mais que peut-on retenir de ce déplacement, pas si imprévu que ça, et loin d’être le premier ?

Pour les députés, finalement, pas de vrai problème, il est tout à fait normal qu’un type reste au pouvoir par la force brutale des choses. Républicains et socialistes n’y voient rien de choquant. D’injuste ? Non plus ! Nos députés, ce sont de solides politiciens, ils ont le cœur bien accroché, ils sont très habitués aux massacres, enfin aux massacres des autres, (car, si les massacres les touchaient eux, leurs petites familles et leurs copains, ce serait autre chose : quant on voit tout le foin qu’ils ont fait pour une simple chemise de DRH arrachée…).

C’est vrai qu’ils ont pris l’habitude tout au long de l’histoire, de contempler sans sourciller des massacres les uns après les autres (en Indochine, en Algérie, au Rwanda, au Mali,…). Et l’habitude est une deuxième nature.

Récapitulons.

En février, des parlementaires avec en tête Monsieur Bapt (député de la Haute-Garonne), ont souhaité rencontrer des personnalités du régime, des proche de Bachar. Les acolytes de ce député, quant à eux, ce sont bien entretenus avec le président syrien. Bapt, président de Amitié France –Syrie était entouré notamment du député Jacques Myard (député L.R. des Yvelines) qui savait très bien où il voulait en venir : «  Un compromis avec le régime Bachar al-Assad pourrait faire baisser la tension et permettre une transition politique avec le soutien russe. »

Puis en juillet c’est au tour des démocrates chrétiens, avec Jean-François Poisson (député des Yvelines, chef du Parti chrétien démocrate) de faire le pèlerinage à Damas. Et, là, notre Poisson ne comprend pas, il ne comprend pas pourquoi les Syriens appellent leur dictateur Bachar-le-boucher : « ‘Entre l’image de boucher et celui que j’ai rencontré, on ne doit pas parler du même homme’, s’enthousiasme le député. » écrit Le Figaro.

En grand humaniste chrétien, en grand démocrate ce petit Poisson de la politique affirme, au sujet des barils d’explosifs balancés par les sbires de Bachar sur la population, pour écraser la contestation : « Même si c’est vrai, ce dont je me mets à douter après plusieurs témoignages, c’est une guerre et il peut y avoir des épisodes contestables » et d’ajouter « Il [Bachar] n’a pas l’intention de faiblir, il consacre son énergie à défendre son pays, ce qui n’est pas contestable ».

De toute évidence, les démocrates chrétiens peuvent crier à l’horreur face aux crimes de Daesch, mais fermer les yeux sur les autres massacres, ou, tout au plus les déclarer « contestables » (ce qui, a contrario, laisse entendre qu’il y aurait des massacres qui ne le seraient pas…) avant de les excuser par la mise en avant, cette fois-ci tout à fait incontestable de la défense de son pays.

Décidément, J-F Poisson aurait mieux fait de rester dans son bocal du Palais-Bourbon.

Et ce n’est pas fin. En octobre, c’est le tour des députés Véronique Besse (Députée de la Vendée, Mouvement pour la France et une des fondatrices du Puy-du-Fou) et Xavier Breton (Député de l’Ain, LR), d’y aller, mais toujours avec le même son de cloche : « Bachar El-Assad fait partie de la résolution du conflit syrien ».

Nous, on croyait, bêtement certainement, que Bachar faisait surtout partie de l’origine du problème !

Et bien non, on peut arrêter arbitrairement, torturer et mutiler, assassiner en masse ou au détail – en un mot, terroriser tout en déclarant le moindre opposant « terroriste » - on peut monter les fractions de la population les unes contre les autres pour qu’elles s’entre-tuent en fonction de leur confession ou de leurs origines géographiques (alaouites, sunnites, chiites, kurdes, druze, etc.), on peut détruire méthodiquement les villes et villages… et faire partie de la solution…

Il est clair que ces allers retours de tous ces politiciens, diplomates et autres « personnalités » (et pas seulement ceux cités ci-dessus) vers la Syrie en ruines, tous ces retournements, ces manigances et ces alliances n’ont fait que mettre un grand coup d’arrêt au «  printemps arabe », à ce qui était un véritable début de processus révolutionnaire dans cette région du monde depuis 2011.

L’aide apportée directement par plusieurs États au fascisme islamique de Daesch (et autres groupes islamiques fanatiques), l’aide apportée tout aussi directement par quelques autres États (et sournoisement par beaucoup) à Bachar, l’absence totale de soutien au mouvement populaire (ne serait-ce que pour lui assurer un minimum de protection contre son extermination) ont tué la lueur d’espoir pour tous les opprimés qui s’était allumée en Syrie.

Une fois de plus, les puissances dites démocratiques font comme celles qui ne prennent même pas la peine de se revendiquer de la démocratie. Elles appliquent toutes la même ligne politique : soutenir les pires régimes dictatoriaux plutôt que de laisser la moindre opportunité de libération aux populations. « Plutôt Franco que la révolution », disaient déjà en 36 les « démocrates » français, anglais, américains…

Refusant, de fait, le moindre soutien sur place aux opposants à la féroce dictature de Bachar-le-boucher, les puissances occidentales refusent tout autant d’assurer un accueil digne aux foules qui, par leur faute, sont obligées de quitter la Syrie pour échapper à une mort aussi atroce que certaine. Elles construisent plus de murs que de centres d’accueil.

« Chez nous », après quelques paroles bien senties sur le nécessaire accueil de réfugiés, le temps d’apaiser l’indignation soulevée par tant de morts, c’est l’incurie la plus totale (rien n’est réellement organisé pour assurer cet accueil) et, pire, c’est souvent à un véritable harcèlement que les que les réfugiés Syriens sont soumis. Leurs conditions de vie sont souvent déplorables. Quand il n’y a pas des initiatives individuelles ou associatives de soutien, elles peuvent même être dramatiques.

Mettre un coup d’arrêt à la guerre, à toutes les guerres, n’est pas un enjeu pour les élites. Donner un logement correct, permettre aux réfugiés un nouveau redémarrage dans la vie, non plus.

Nous appelons chacun à sa responsabilité. Montrons notre détermination à vouloir la paix et la liberté. Soutenons les opprimés. Personne ne choisit l’Etat où il naît. Les murailles et barbelés édifiés par les élites (qui, il y a très peu de temps, quand cela potentialisait leur commerce, n’avaient que les mots « libre circulation » à la bouche), les murs idéologiques et religieux, font, comme Bachar en Syrie, partie du problème, pas de la solution.