UTOPIA MON AMOUR

Mercredi 14 février 2007, par cnt // Culture

A la suite de plusieurs contact de salariés ou ex-salariés d’Utopia, la CNT-AIT a levé le voile sur des pratiques de cette entreprise qui crie « Haro sur le boulot », fait son fond de commerce de la dénonciation de l’exploitation capitaliste, mais peut éventuellement se conduire comme le dernier des patrons.

Tout d ?abord, pourquoi les salariés d’Utopia, dénonçant leurs incroyables conditions de travail, se sont-ils adressés à la CNT-AIT ? Pas parce qu’ils étaient anarchosyndicalistes ! Simplement parce que, « ailleurs », on leur avait conseillé de la fermer : « Pas touche à Utopia » semble bien être le mot d’ordre de la plupart des organisations de gauche et d’extrême-gauche, qui ne veulent pas perdre les avantages substantiels que leur boutique y trouve.

« UTOPIA SALAUD ! LE PEUPLE AURA TA PEAU »

Sous ce titre ravageur dont nous lui laissons l ?entière responsabilité, la « Gazette d’Utopia » (février 2005) tentait, sur deux grandes pages, de répondre à nos critiques. Nous n’étions que des lurons « pas sympathiques » et « pleins de haine », accusés de propager des « on-dits pénibles », d’avoir « des comportements inadmissibles », d’être « bourrés de méchancetés »... Bref affreux, sales et méchants, nous n’avions rien compris. Depuis, même un verdict du Conseil des Prud’hommes, qui n’est pas une instance réputée pour ses positions anti-patronales, est venu, le 13 septembre 2006, apporter un démenti cinglant aux affirmations du patron d’Utopia en le condamnant tout d ?abord à 11000 euros de dommages et intérêts envers une ex-salariée. Bien que trois « Gazettes » soient parues depuis cette date, on n’y trouve pas l’information que l’importance de ce fait appelait. Pourquoi une discrétion si inhabituelle chez un champion du devoir d’information et de transparence ? Il est vrai que sa condamnation pour licenciement abusif (comme un vulgaire gros patron de droite) est éclairante.

Tout d’abord, les Prud’hommes pulvérisent les trois motifs d’Utopia : le premier « ne concerne en rien la salariée », le deuxième « n’est pas plus réel que sérieux », quant au troisième, il repose sur « une position tout à fait inversée de la part de la gérante ». Bien plus, « la genèse de l’histoire démontre que les problèmes...ont...entre autre, comme point de départ...le fait que le salarié ait pris contact avec un inspecteur du travail »... ce qui constitue pourtant un droit élémentaire !

Ensuite, le florilège continue : les Prud’hommes relèvent un courrier « menaçant » de la direction ainsi que des propos « pour le moins surprenant(s) » quand ils ne sont pas « particulièrement condescendants » d’un « actionnaire non-salarié » d’Utopia. Les Prud’hommes valident « qu’un collectif d’anciens salariés d’Utopia a été formé » et que « assurément plusieurs anciens salariés témoignent » dans leur tract « Sauve qui peut Utopia ».

Pour ce qui est des accusations d’Utopia concernant la CNT-AIT, les Prud’hommes constatent que le patron les profère « sans apporter le moindre commencement de preuve de ses affirmations ». Ajoutons pour finir qu’Utopia s’est bien gardé de faire appel.

Au delà du constat que les faits diffusés par la CNT-AIT sont parfaitement fondés, ce qui est posé à tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans le système actuel (et qui donc apprécient les films critiques qui passent à Utopia), c’est la question éthique. En cette période électorale où les candidats ne craignent pas d’avancer les propositions les plus contradictoires et les plus scabreuses pour grignoter quelques points dans les sondages, parler d’éthique n ?est certainement pas à la mode. Mais pour nous, les actes doivent être en accord avec les paroles ; c’est un préalable à toute lutte, que l’oppresseur soit « de droite », « de gauche » ou « du milieu ».