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Confusion «  antisioniste  » et opportunisme d’extrême-gauche

Publié le 15 juin 2014

Confusion «  antisioniste  » et opportunisme d’extrême-gauche

Habituellement, en dehors de son courrier des lecteurs, Anarchosyndicalisme  ! publie des articles rédigés par des militants de la CNT-AIT.

Pour aborder le thème de l’antisémitisme, nous avons choisi d’une part de nous entretenir avec Yves Coleman, militant internationaliste indépendant qui connait particulièrement bien cette question et d’au-tre part de reproduire une part du site du groupe «  Antifascistes Anarchistes Autonomes  », très actif dans la mouvance antifasciste, qui synthétise un point de vue clarificateur sur les relations de l’antifascisme et de l’antisionisme.

Il est évident que si nous prenons la responsabilité de publier ces deux textes, c’est que, sur le fond de la question (antisionisme / antisémisme) nous partageons le point de vue des auteurs, même si nous ne faisons pas nôtre l’ensemble des positions qu’ils développent par ailleurs (par exemple, ce qui concerne la notion de peuple ou d’autodétermination).
La rédaction

Confusion «  antisioniste  » et opportunisme d’extrême gauche

Yves Coleman, bonjour. Dans ces temps de grande confusion idéologique, nous voudrions dé-broussailler avec toi quelques notions tournant autour de l’antisémitisme - un thème hélas d’actualité - auquel «  Ni patrie ni frontières  » la revue que tu animes, a consacré de nombreux travaux. La pagination réduite d’Anar-chosyndicalisme  ! nous obligera à centrer cet entretien sur un seul des multiples aspects de la question  : les rapports entre extrême gauche et antisémitisme. En préambule, peux-tu nous dire comment tu vois en général la question des religions ?

— Je pense qu’une conception matérialiste, rationaliste, scientifique, du monde aide à mieux comprendre comment il fonctionne. Les conceptions religieuses, ou plus généralement idéalistes, sont un handicap pour analyser la réalité. Ou alors leurs partisans compartimentent leur cerveau et leur vie quotidienne, adoptant des raisonnements scientifiques pour une partie des phénomènes analysés ou une partie de leurs actions, et des superstitions ou des fantasmagories pour d’autres.

D’un autre côté, l’athéisme et le rationalisme sont nécessaires mais pas suffisants. Pas plus que l’anticléricalisme, l’athéisme et le rationalisme n’immunisent contre le dogmatisme, le sectarisme, l’antisémitisme, le sexisme, le racisme ou simplement l’ignorance...

Par principe, je respecte les convictions religieuses et je respecte les croyants. Ce que je ne respecte pas, c’est l’usage ou la portée politique réactionnaire des convictions religieuses et les hiérarchies, officielles ou officieuses, des différentes religions qui sont toujours du côté des exploiteurs [1].

Mais, une fois affirmé que je respecte les droits démocratiques élémentaires des croyants, je tiens à ce que cela soit réciproque. En clair, je tiens à ce que les croyants respectent aussi la liberté totale d’organisation, de réunion et d’expression des athées, des anarchistes, des marxistes, etc. Où que ce soit et dans toutes les circonstances...

Pour entrer plus avant dans la question qui nous intéresse ici, quels sont les rapports entre sionisme et judaïté ?

— Déjà il faudrait se mettre d’accord sur la définition de mots comme «  sionisme  » et «  juif  », et ce n’est pas une tâche aisée. Pour ma part, je pense que le sionisme est une idéologie nationaliste, avec différentes tendances dont aucune ne me satisfait – et pour cause – puisque je suis un adversaire résolu du nationalisme, fût-il juif ou israélien. De plus il existe des «  sionistes  » non-juifs, chrétiens, néoconservateurs, sociaux-démocrates, voire d’extrême droite.... C’est donc une erreur grossière que d’assimiler «  sionisme  » (au sens de défense inconditionnelle de l’État d’Israël et de ses gouvernements) avec la judéité ou la judaïté. La question d’Israël est une question politique, géopolitique, et non pas une question religieuse ou encore moins «  ethnique  »  !

Quant au terme de «  juif  », il désigne soit ceux qui sont des adeptes de la religion juive (les juifs), soit ceux qui pensent faire partie du ou des peuples juifs (les Juifs), soit les deux à la fois. Je n’ai pas à décider pour les juifs et les Juifs quelle doit être leur relation avec l’État d’Israël, ni même s’ils veulent continuer à se dire «  juifs  » ou «  Juifs  », et quels sens (multiples, pour ne pas dire innombrables...) ils accordent à ces termes. Ni même s’ils se considèrent comme des «  minorités nationales  » ou pas en dehors d’Israël [2] et quels droits spécifiques doivent revendiquer ces dites minorités nationales...

Par contre, j’ai le droit, et tout le monde a le droit, de critiquer les différentes formes du sionisme, la politique de l’État d’Israël, les organisations communautaires juives laïques ou religieuses et les différents courants du judaïsme, tant que ces critiques n’essentialisent pas les juifs ou les Juifs et ne font pas appel à des stéréotypes antisémites.

Je ne pense pas que l’antisionisme soit automatiquement antisémite [3]. Il faut faire attention à ne pas assimiler toutes les formes d’antisionisme à l’antisémitisme, à ne pas vider de sens le terme d’antisémitisme, comme le font de nombreux partisans inconditionnels d’Israël, d’autant que, depuis une vingtaine d’années, il existe des courants «  postsionistes  » ou antisionistes dans l’intelligentsia israélienne, et les porte-parole de ces courants [4] sont juifs et pas antisémites (même si certains Israéliens les accusent des pires déviations [5]). Le problème n’est donc pas «  l’antisionisme  » mais les stéréotypes antisémites qu’utilisent de nombreux antisionistes, y compris en Israël.

Puisqu’il est question de stéréotypes, d’où sortent ceux ressassés par une bonne partie de l’extrême-gauche ?

— Les arguments fondamentaux de l’antisionisme «  gauchiste  » actuel ont été fabriqués par les staliniens soviétiques, qui eux-mêmes étaient antisémites, comme en témoignent l’arrestation puis l’exécution des dirigeants du Comité juif antifasciste en 1952, le procès des blouses blanches en URSS en 1953 («  Tout sioniste est l’agent du service de renseignement américain, déclara Staline. Les nationalistes juifs pensent que leur nation a été sauvée par les États-Unis, là où ils peuvent y devenir riches, bourgeois. Ils pensent qu’ils ont une dette envers les Américains. Parmi mes médecins, il y a beaucoup de sionistes  »), puis les procès antisémites en Tchécoslovaquie (1952) et les campagnes antisémites en Pologne (1952, 1968), par exemple. Ce sont les staliniens soviétiques et leurs alliés nationalistes de gauche, d’abord dans les pays de l’Est, puis dans les pays arabes, puis enfin à l’échelle planétaire, qui ont fait du mot «  sioniste  » un terme à la fois injurieux sur le plan politique, diabolique sur le plan religieux et commode pour remplacer le terme de «  juif  » et donc dissimuler son antisémitisme.

Mais la question est encore plus complexe. En effet, l’antisionisme stalinien s’est diffusé aussi grâce aux «  communistes  » juifs, partisans de l’assimilation totale et convaincus que le socialisme mettrait fin à toutes les discriminations  :

_ dans les démocraties populaires, y compris dans des pays où les staliniens juifs avaient un poids non négligeable dans la justice, dans la police, dans l’administration voire dans l’appareil du Parti et à sa tête. Cette surreprésentation des Juifs dans les sphères dirigeantes de certaines démocraties populaires (la Hongrie étant l’exemple extrême) et les jeux cyniques de l’URSS et des Etats pseudo-socialistes ont abouti à faire endosser aux Juifs staliniens la responsabilité de la répression étatique menée contre les travailleurs et paysans de l’Est, parfois même des pogroms dans les premières années des régimes «  communistes  », mais aussi l’effacement de la spécificité du judéocide et des responsabilités des populations d’Europe de l’Est. Ce silence assumé par les juifs staliniens a de fait nourri l’antisémitisme populaire, sur différents thèmes contradictoires ou complémentaires   : «  Les communistes et les juifs sont main dans la main  » ; «  Les juifs rescapés du judéocide sont favorisés  » ; «  Les juifs ne font pas vraiment partie de la nation  » ; voire encore plus loufoque, si c’est possible, «  Les anciens capitalistes juifs et les communistes juifs au pouvoir se mettent d’accord  », etc. On voit aujourd’hui les résultats délétères de cet antisionisme qui prenait les juifs et les Juifs pour cibles dans tous les ex-pays «  communistes  »  ;

_ dans les pays du Proche et du Moyen-Orient par l’intermédiaire des partis pseudo-communistes locaux dont une grande partie des membres et des dirigeants étaient juifs. Partis staliniens locaux qui, à commencer par celui de Palestine, n’avaient pas grand-chose à dire contre l’antijudaïsme et l’antisémitisme musulmans, voire contre les pogroms commis en Palestine (par exemple, celui d’Hébron en 1929 où l’on remarquera que ce ne furent pas les nouveaux colons juifs européens qui furent massacrés mais les Juifs dont les ascendants vivaient depuis des siècles en Palestine, ce qui en dit long sur l’anticolonialisme palestinien et sa dimension religieuse, fondamentalement liée à la place subalterne des dhimmis juifs, dans les sociétés régies par l’islam)....

La question palestinienne, que tu viens d’évoquer à travers ce point d’histoire, joue un grand rôle dans la confusion entretenue entre «  sionisme  » et «  antisémitisme  ». Pourquoi, d’après toi, la Palestine est-elle devenue la «  cause n°1  » d’une grande partie de l’extrême gauche ?

— C’est une question compliquée mais je vois plusieurs raisons notamment [6]  :

_ la négation de l’existence de l’antisémitisme depuis la Seconde Guerre mondiale au sein de la gauche et de l’extrême gauche,

_ l’incapacité à faire un bilan honnête de l’apathie de la gauche face à l’antisémitisme avant, pendant et après la Seconde guerre mondiale,

_ l’incapacité à s’attaquer aux interventions impérialistes de sa propre bourgeoisie. En France, c’est flagrant  : à part pendant la guerre d’Algérie où les appelés étaient directement concernés, il n’y a jamais eu de mouvement contre les dizaines d’interventions françaises menées en Afrique, jamais de «  bateau pour...  » Bangui, Douala ou Abidjan, jamais le moindre boycott des produits français à cause de la complicité de la France dans le génocide du Rwanda ou des massacres ou répressions commis en Afrique avec le soutien logistique de l’armée française, ou la complicité politique des gouvernements français,

_ l’incapacité à formuler une critique du capitalisme radicalement différente des courants populistes qui prennent toujours pour cibles des individus et non le système capitaliste, et parmi ces individus les bourgeois juifs plutôt que les autres [7], une vieille tradition de « gauche »,

la volonté de sauter sur les causes à la mode (ce que j’appelle la politique des sauterelles), celles du tiers monde ayant toujours une forte capacité de mobilisation dans la jeunesse scolarisée, depuis les années 60, à condition de ne pas s’attaquer au nationalisme des mouvements de libération ni aux États du Sud prétendument «  anti-impérialistes  » [8].
Les aspects religieux ne semblent pas tenir une grande place dans ce positionnement …

— Fondamentalement, les «  anti-sionistes  » occidentaux ne s’intéressent guère aux questions religieuses, ils n’ont aucune culture religieuse solide, ni sensibilité religieuse. D’où leur viendraient-elles dans des pays occidentaux de plus en plus sécularisés  ?

Notons au passage que même les croyants actuels se livrent à des bricolages démentiels sur leur religion [9]. Les «  antisionistes  » occidentaux s’intéressent encore moins aux relations complexes entre religion et politique dans les Etats «  musulmans  » des 57 Etats membres de l’OCI (Organisation pour la conférence islamique). C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles ils reprennent la thèse de l’islamophobie défendue par l’OCI dans les institutions internationales.

Comment, pourquoi ?

— Les gauchistes antisionistes ont une position totalement opportuniste face à ces questions, quasi infantile, du type : « Puisque la droite et l’extrême droite occidentales critiquent l’islam, nous on ne va pas le critiquer, comme cela on marquera notre différence » ; ou, un poil moins stupide : «  Puisque beaucoup de prolétaires dans les pays occidentaux sont musulmans, on ne va pas critiquer la religion des prolétaires » ; ou encore, dans le genre victimaire et confusionniste : « La bourgeoisie a remplacé l’antisémitisme par l’islamophobie, donc on va lutter contre le racisme antimusulmans, et comme cela on va sortir de notre position groupusculaire. » Et pour tenter d’impressionner ceux qui ne sont pas d’accord avec la thèse de l’islamophobie, ils accusent ceux qui ne pensent pas comme eux d’être de fait des... racistes  ! Cette confusion délibérée entre discriminations religieuses antimusulmanes et discriminations racistes dirigées contre les personnes originaires (ou censées être originaires) du Proche et du Moyen-Orient ne sert, à mon avis, ni la lutte contre les discriminations religieuses ni la lutte contre les discriminations racistes, luttes toutes deux nécessaires mais dans la clarté politique, pas dans la confusion identitaire.

Ce type de position relève de l’opportunisme le plus plat, de la recherche de raccourcis pour conquérir une audience de masse ou même tout simplement pour acquérir un peu d’oxygène politique. Cet opportunisme gauchiste est d’ailleurs une conséquence directe de l’opportunisme universitaire, sensible aux modes dans les institutions internationales (ONU, UNESCO, Communauté européenne), grandes dispensatrices de subventions pour financer les recherches identitaires, multiculturalistes, religieuses, etc.

Pour en venir à l’actualité, des organisations d’extrême gauche, et même libertaires, ont pris récemment la défense de Dieudonné. Qu’en penses-tu ?

— Dieudonné est aujourd’hui un militant politique d’extrême droite. Sa popularité, il l’a acquise au sein du mouvement antiraciste de gauche dans les années 80. Elle est, entre autres, le reflet  :

_ de la confusion politique introduite par la gauche réformiste antiraciste (confusion dont lui et bien d’autres comiques «  ethniques  » ont profité pour commencer leur carrière  : les discours multiculturalistes type «  Touche pas à mon pote  », «  respect de la différence  » et autres «  république métissée  » et la généralisation des discours victimaires au détriment de ceux fondés sur la solidarité de classe),

_ de l’incapacité de la société française (y compris de la gauche) à reconnaître la profondeur du racisme institutionnel qui sévit en son sein (au sein de l’État, des partis, des groupes militants, etc.), incapacité qui a ouvert un boulevard aux idéologies identitaires y compris parmi les «  minorités visibles  »,

_ et de l’incapacité des «  révolutionnai-res » à dégager une position de classe à propos des discriminations racistes, institutionnelles ou pas, et de l’immigration (ce qui a permis à Dieudonné, dans un deuxième temps, de développer un discours pseudo radical contre le «  Système  » au nom des «  non-Blancs  » ou des «  non-juifs  » sur les questions de l’esclavage, de la Palestine, etc.) [10].

Je voudrais rajouter que, depuis les mesurettes répressives prises par Valls contre Dieudonné, on trouve dans toutes sortes de médias alternatifs, y compris libertaires [11] une campagne présentant Valls comme plus raciste que Dieudonné, comme responsable par ricochet de la montée de l’antisémitisme en France chez les populations dites musulmanes, et aussi comme étant le «  chargé de com  » de Dieudonné. Il est évident que Valls n’est même pas un démocrate antiraciste sincère  : ce laquais de la bourgeoisie pratique le contrôle des migrations comme tous les hommes d’État, de gauche ou de droite. De plus, il a exprimé publiquement des préjugés racistes contre les «  Blacks  » (reprenant le vocabulaire identitaire et multiculturaliste de la gauche et son «  humour  »...) et les Roms (accusés, eux, d’être inintégrables) mais je ne vois aucune raison de diaboliser Valls plus que n’importe quel autre ministre de l’Intérieur ou de l’Immigration. Chevènement, Joxe, Pasqua, Guéant, Hortefeux, Besson, tout cela c’est bonnet blanc et blanc bonnet !

Le titre de ta revue indique clairement un positionnement internationaliste. C’est la seule façon de sortir des discours racistes dans lesquels certains s’enferment. Comment vois-tu les choses ?

— L’internationalisme n’est pas un sentiment spontané. Il doit être nourri par une culture politique commune, des discussions, de nombreuses réunions, etc. Il doit mobiliser l’énergie de gens qui parlent plusieurs langues, de traducteurs et d’interprètes, etc. C’est un processus long et difficile que de communiquer dans plusieurs langues, lorsque les interlocuteurs viennent de cultures politiques différentes, et même s’ils appartiennent au même courant politique.

La Première Internationale est peut-être plus proche de ce dont nous avons besoin aujourd’hui. A l’époque, le processus d’intégration nationale n’avait pas encore atteint le niveau qu’il atteignit durant l’apogée de la Seconde Internationale ; pour les militants de la fin du XIXe siècle l’internationalisme se définissait avant tout par une profonde empathie pour les valeurs des Lumières, ainsi que la lutte contre toutes les dictatures et les Églises. Nous devons inventer une nouvelle façon de pratiquer l’internationalisme [12].

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NI PATRIE NI FRONTIÈRES 

Créée en 2002, la revue «  Ni patrie ni frontières  » a pour objectif de présenter différents points de vue révolutionnaires autour d’un même thème, dans la mesure où il est impossible de discuter «  entre nous  » de façon productive, comme en témoignent les listes de discussion et forums Internet où l’insulte et l’invective dominent au détriment des arguments rationnels. L’idée est aussi de souligner que, à travers des langages codés et des concepts différents, dans des cultures politiques différentes au sein d’un même pays et entre différents pays, on pouvait aussi constater certaines convergences utiles à l’analyse et au combat de classe, sans bien sûr tomber dans l’utopie d’une fusion consensuelle et œcuménique entre marxismes et anarchismes.

«  Ni patrie ni frontières  » est donc une revue qui devrait servir, idéalement, d’instrument de formation pluraliste et contradictoire. Certains numéros sont plus fidèles à cette conception, d’autres sans doute trop polémiques et unilatéraux. 23 numéros sont parus ainsi que 6 compilations (contenant moitié d’anciens articles et moitié de textes inédits ou non publiés précédemment par la revue). 7 livres sont disponibles :
Compilations :

_ N°1  : «  Question juive  » et antisémitisme, sionisme et antisionisme (anthologie), 2008, 336 p., 10 € _ N°2  : Islam, islamisme, «  islamophobie  » (anthologie), 2008, 344 p., 10 € _ N° 3  : La Fable de l’illégalité : les sans-papiers aux Pays-Bas, les limites de l’altermondialisme et de l’écologie (recueil d’articles), 2008, 360 p., 10 €

_ N° 4  : De la violence politique (antho-logie), 2009, 300 p., 10 € _ N° 5  : Religion et politique (anthologie), 2010, 400 p. 12 € _ N° 6  : Polémiques et antidotes contre certains mythes et mantras gauchistes (anthologie), 12 €
Livres  :
_ Loren Goldner, Demain la Révolution (recueil d’articles) tome 1, 2008, 12 € _ Encyclopédie anarchiste : La Raison contre Dieu (anthologie), 484 p, 2010, 12 € _ Restructuration et lutte de classes dans l’industrie automobile mondiale (recueil articles d’Échanges et Mouvement 1979-2009), 230 p, 2010, 6 € _ G. Munis, Textes politiques, Œuvres choisies, tome 1. De la guerre d’Espagne à la rupture avec la Quatrième Internationale (1936-1948), 400 p., 2012, 12 € _ Michel Roger, Les années terribles (1926-1945), La Gauche italienne dans l’émigration parmi les communistes oppositionnels, 326 p., 2012, 12 € _ Karim Landais, De l’OCI au Parti des travailleurs, 600 p., 2013, 14 € _ L’enfer continue. De la guerre de 1940 à la guerre froide. La Gauche communiste de France parmi les révolutionnaires, 332 p., 2013, 12 €

Livre épuisé :
_ Patsy, Le monde comme il va, Chroniques 1999-2010, 345 p., 2010.

Contact : yvescoleman[chez]wanadoo.fr
Yves Coleman 10 rue Jean Dolent 75014 Paris.

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Avec les opprimés toujours, avec les antisémites et les confusionnistes jamais

Ce texte est né de la volonté d’établir un positionnement politique sur l’antisionisme au sein de l’antifascisme. Il s’agit pour nous d’apporter des clarifications idéologiques face à ce qui nous semble être des erreurs stratégiques et politiques, qui alimentent une confusion malsaine et des proximités avec nos ennemis.

Nous nous sentons contraints à produire ce texte, mais nous ne considérons absolument pas qu’il constitue le centre du débat dans la situation actuelle. Nous pensons qu’il est nécessaire d’en parler, cela permettant de réduire l’espace pris par les antisémites, sous le couvert politiquement correct d’antisionisme.
Il est important pour nous de préciser qu’en tant que militants anticapitalistes et antifascistes radicaux nous sommes contre toutes les frontières, tous les états et souhaitons leur disparition et que, dans la guerre sociale en cours, nous refusons toute compromission avec l’ennemi quel que soit le sujet concerné et le visage arboré par celui-ci. Nous sommes opposés à l’extrême-droite, au pouvoir en Israël et à sa politique coloniale, comme dans toute autre région/pays du monde.

RAPPEL DES FAITS

Lors de la manifestation du 9 février contre le fascisme et l’antisémitisme à Paris est apparue une banderole « Contre le sionisme et le fascisme »*2. Le 22 février, à Toulouse, le groupuscule marxiste-léniniste OCML-VP a expulsé la représentante locale du CRIF de la manifestation contre l’antisémitisme, organisée suite à des tags qui proclamaient entre autre «  CRIF A MORT  ». Le communiqué suivant cette expulsion*1 indiquait que le CRIF n’avait pas sa place dans les manifestations contre l’antisémitisme, «  Ni à Toulouse ni ailleurs  ». Le 9 Mai, à Paris, la banderole «  Contre le sionisme et le fascisme  » était une nouvelle fois brandie. Le 15 mai 2014, le CAPAB, Génération-Palestine, l’UJFP et Paris 8 Palestine organisaient à Paris 8 une projection-débat sur le thème : « Extrême droite et sionisme, une alliance contre nature ? » [13].

NOS POSITIONS

Le sionisme peut-être perçu de différentes manières et il serait trop long de toutes les énumérer, ce qui n’est pas l’objet de ce texte. Quoiqu’il en soit il peut être défini sommairement comme une volonté politique de créer un territoire sur lequel vivrait le peuple juif.

Il est pour nous inconcevable de souhaiter la disparition d’un État en particulier (ici l’État d’Israël) en faveur d’un autre (ici l’État palestinien) ou de refuser le droit à certains individus d’habiter et de circuler sur un territoire donné à cause de leur origine ou de leur religion. Nous avons des principes d’égalité, de droit à l’autodétermination, de liberté de circulation et d’installation, nous tenons à souligner que si un droit s’applique à l’un, il s’applique à tous.

Il nous semble également inconcevable de considérer sur un pied d’égalité le fascisme et le droit d’un peuple à disposer de lui-même.

Par ailleurs tout comme il peut exister plusieurs écologies politiques il n’existe pas UN sionisme mais DES sionismes allant de l’extrême-droite nationaliste et/ou religieuse, à l’extrême gauche marxiste voire libertaire. La question de la forme qu’a pris l’État d’Israël ou de sa politique ne peut donc pas être réduite au fait qu’il soit le fruit du sionisme, tant les courants politiques qui y prennent part sont variés et parfois complètement opposés. De plus, réduire la société israélienne au seul fait sioniste est un terrain dangereux, car c’est nier qu’elle puisse être traversée par des contradictions (sionistes anti-colons et colons antisionistes par exemple), c’est nier que la lutte de classe la traverse aussi, en faisant des habitants d’Israël, une sorte de bloc monolithique, un peuple-classe.

Se définir comme étant «  antisioniste  », c’est donc se définir contre le droit des juifs à habiter ensemble un lieu, en l’occurrence il s’agit d’être contre l’existence d’Israël et de ses habitants.

Israël mène actuellement et depuis trop longtemps une politique coloniale hors de ses frontières, politique à laquelle nous sommes fermement opposés. Cependant ce type de politique a été menée par beaucoup d’autres États, comme la France, et l’est également actuellement par la Chine au Tibet où la Russie en Tchétchénie, et le fait est qu’avant celui ci, aucun conflit de type anti-colonial n’a nécessité la disparition de l’État colonisateur. De même, actuellement, dans les autres conflits anti-coloniaux, les colonisés réclament légitimement leurs droits à disposer d’eux-mêmes, pas la disparition du pays d’origine de leurs oppresseurs. Les tibétains ne souhaitent pas la disparition de la Chine ni les basques celle de l’Espagne et de la France.

Se définir comme «  antisioniste  » constitue pour nous, de la part d’antifascistes, une mise en contradiction avec les idées et les valeurs qu’ils défendent et une erreur stratégique majeure due à des erreurs d’interprétation et de vocabulaire politique, ainsi qu’a une désinformation orchestrée à ce sujet par des individus refusant tout débat sur la question et accusant tout contradicteur de compromission avec Israël, le Mossad, ou au «  lobby sioniste  ».

Ce qui nous préoccupe réside dans les proximités malsaines auxquelles cette bêtise peu utile «  antisioniste  » (appelons les choses par leur nom) mène nos camarades. Car rappelons le, l’antisionisme est avant tout ce qui sert de masque et de fond de commerce à une large partie de l’extrême-droite antisémite.

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