Attaque fasciste contre un étudiant chilien

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Toulouse. Dans la nuit du samedi 31 mars, un jeune homme de nationalité chilienne, Andrés P., étudiant en Master d’anthropologie à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS-UTM) a été victime d’une violente agression (double fracture du crâne, hématome cérébral). Il s’en est suivi un coma de plusieurs jours. A cette heure, le pronostic vital n’est plus engagé, mais Andrés est toujours hospitalisé dans un état stationnaire et il risque de garder d’importantes séquelles à vie.

Il ressort de divers témoignages que ses agresseurs appartiennent à un groupe d’ultra-droite. On a remarqué ces derniers temps dans la ville une résurgence de cette mouvance qui, voyant le créneau de l’extrême-droite électorale occupé par la famille Le Pen, a repris un autre classique du discours réactionnaire, celui du nationalisme occitan. Le choix s’est révélé bon : l’occitanisme fournit à l’ultra-droite un excellent terreau en lui permettant de renouveler sa propagande (voir les tags poétiques comme « Ici, c’est l’Occitanie, pas l’Algérie » qui ont fleuri dans un des quartiers à majorité arabe de la ville). D’où un rapide développement. Pour en revenir à l’agression, il faut dire que le matin même avait eu lieu une manifestation nationaliste occitane. En Bretagne, en Alsace, en Corse et ailleurs, l’extrême droite coopère à ce type de manifestation (et parfois l’anime directement). A Toulouse, où il existe un fort sentiment anti-extrême droite (le score de Madame Le Pen y a été un des plus bas de France), il était délicat pour les organisateurs de laisser s’afficher dans leurs rangs des nazillons, surtout à la veille des élections. Ils se sont donc sentis contraints de les rejeter. Ce rejet ne peut être que provisoire parce que les fascistes sont idéologiquement en position de force : du prix Nobel Mistral inventeur du Félibrige au pharmacien de Carcassonne (condamné à la Libération pour fait de collaboration) inventeur de la grammaire unifiée, c’est dans les milieux les plus obscurantistes et les plus réactionnaires que le mouvement patoisant, ici comme ailleurs, plonge ses racines. Se sentant « chez eux » les militants d’ultra-droite rejetés se sont lancés le soir même dans des représailles. Ils sont allés chercher querelle aux clients des bistrots d’Arnaud Bernard, réputés d’extrême gauche et dont beaucoup étaient à la manifestation du matin. Andrés, lui, sortait d’un concert, il n’avait participé à aucune altercation ce samedi 31 mars. Mais il a eu le malheur de passer par là, à ce moment là. Un homme seul. Une cible facile pour les nazillons occitanistes. Il est donc à l’hôpital. Nous apprenons maintenant qu’il est sous le coup d’une OQTF (la fameuse Obligation de quitter le territoire français), les autorités administratives considérant que son parcours universitaire n’est pas suffisamment rapide ! Sera-t-il retenu, pour aggraver son cas, qu’au lieu de passer ses examens, il se prélassait à l’hôpital ?

Les amis d’Andrés, ses enseignants, ont créé un comité qui appelle à assurer sa défense et a lancé une pétition  :http://www.petitions24.net/justice_pour_andres

Mais revenons au 31 mars. Ce jour là, l’attention médiatique était centrée sur la manifestation nationaliste. Il faut dire que les organisateurs s’étaient mis en frais … où plutôt qu’ils nous avaient mis en frais : Mairie et Région ayant généreusement arrosé avec l’argent de tous ! Pourtant, ce jour-là il y a eu un autre rassemblement, mais là, comme l’enjeu était réellement d’importance, il n’y a eu que fort peu de manifestants et encore moins d’information. Il s’agissait de s’opposer à l’extraction du gaz de schiste. Extraire du gaz de schiste se fait par « fracturation hydraulique ». Cette technique dévaste les nappes phréatiques en les contaminant par d’importantes quantités de produits chimiques. Elle y piège également des quantités de gaz. Le « résultat » est visible sur des vidéos (hélas peu diffusées) filmées dans des régions qui ont joué les cobayes : au domicile de particulier, il peut par moments sortir autant de gaz que d’eau du robinet (et parfois plus), et on peut même mettre le feu à ce qui sort ! A cela s’ajoutent les risques d’effondrement, voire une augmentation des risques sismiques ... et une destruction du milieu naturel pour quelques centaines d’années. Le Gers, leTarn le Lot-et-Garonne... sont directement menacés. Ce 31 mars donc, une poignée de personnes dénonçait les agissement criminels d’industriels cupides. A quelques mètres d’eux, totalement indifférent au problème, un cortège de défenseurs de « nostre païs » s’écoulait, derrière un biniou (pour être précis, sa variété locale, la cabrette) avec un objectif : imposer le patois à tous pour construire un nouvel Etat.