Les syndicats sont ils des faux-amis ?

Dans le monde du travail, l’heure est au consensus et à la recherche de la paix sociale, et on nous sert régulièrement cette propagande, que nous prolétaires nous sommes tous de la classe moyenne ; que les ouvriers ça n’existe plus, puisque l’INSEE le dit, et que d’ailleurs ils constituent seulement 23% de la population active dans ce pays, blablabla...

Même si je trouve curieux qu’on trouve ici ou là beaucoup de chantiers de BTP et des constructions diverses et variées employant des ouvriers. Il faut aussi de la main d’œuvre pour fabriquer des Airbus, et cette main d’œuvre ben... C’est des ouvriers ! Pour réparer nos bagnoles, on fait appel à un mécano qui refilera notre véhicule à l’un de ses ouvriers, il existe encore en France des usines, même si certaines d’entre elles ferment... Parlons en des usines qui ferment : à mon boulot depuis déjà un bon bout de temps, il semblerait qu’on tente de nous la faire à l’envers comme on dit.

En effet, ça fait déjà 3 ou 4 ans que notre travail est délocalisé dans les deux principales succursales de la boite. A savoir le Portugal et la Tunisie. Cela fait déjà un bon bout de temps que tout part là- bas, qu’on sollicite mes collègues de travail pour aller former nos collègues portugais et tunisiens, et produire avec eux par la même occasion. Tout cela en nous proposant des heures supplémentaires, quand on ne nous oblige pas à les faire.

Cela fait un bon bout de temps que les directions successives nous promettent que bientôt, tout ira pour le mieux. Inutile de vous faire un dessin que celles ci ont pris une décision il y a fort longtemps, à propos de l’avenir du site toulousain.
Généralement, quand dans une boite ils annoncent l’éventualité d’un plan de licenciement, précédé de propositions de rupture conventionnelle collective, il est déjà trop tard... Et là nous avons les syndicats représentatifs et institutionnels qui entrent alors en action, en nous promettant eux aussi, que nous allons voir ce que nous allons voir !

Les syndicats ont décidé alors de faire des actions : en premier lieu discuter avec la direction pour en savoir un peu plus sur ces ruptures conventionnelles, avec en prime une petite grève sous leurs fenêtres pour faire pression sur les dirigeants. Puis quelques jours plus tard, tout le personnel de l’usine est convoqué pour parler de la situation de nos emplois, où les syndicaleux nous ont fait un compte rendu des négociations, et ont répondu aux questions des salariés concernés. Ce petit manège des syndicats avec convocation et tout et tout, s’est répété plusieurs fois, afin d’ informer les gens, mais en définitive, il n’ont fait et font encore qu’un simple service d’accompagnement aux salariés qui avaient peur de perdre leur job. Ils n’ont fait que jouer le jeu de collaboration avec le patronat en canalisant les peurs et les colères des gens, en les conseillant pour des trucs administratifs, mais concrètement, à part une petite grève par ci, une petite négociation par là, il n’y a pas eu (encore ?) un véritable combat. Je doute qu’ils (les syndicalistes) en aient l’envie et l’énergie, les gens sont donc encouragés à partir et la direction arrive très bien à les convaincre en augmentant les primes, et soldes-tout-compte.

Il m’est déjà arrivé en tant que militant anarchosyndicaliste d’avoir affaire, hors du cadre du boulot, à des syndicalistes « sérieux » et « représentatifs » : généralement ces gens là nous prennent de haut, du genre « nos méthodes sont plus efficaces que les vôtres » ou « nous maîtrisons mieux que vous le code du travail » ou « vous, vous faites de la politique, nous du syndicalisme » etc...

Force est de constater que ces supers syndicats sérieux, légalistes, efficaces...ne sont pas plus doués que nous, bien au contraire. Du fait de toutes les subventions et aides que des organisations comme F.O ou la CGT bénéficient de la part de l’état, ils doivent réfléchir à deux fois avant de mordre la main qui les nourrit.

Ne nous y trompons pas : quand la bourgeoisie définit les règles dans le monde du travail, les syndicats institutionnels ne peuvent que perdre, voire collaborer avec le patronat, contre les intérêts des salariés. Les syndicats de nos jours sont de vraies institutions sociales, leurs positions sont réglementées par la loi et les accords, leurs chefs aspirent à faire partie, peut être un jour, du pouvoir politique. Et ils forment (les syndicats) en partie l’appareil d’état grâce auquel le capitalisme impose ses conditions au prolétariat.

Ne soyons pas dupes, ils pourront défiler encore des mois et des mois pour les retraites, ou contre une autre réforme qui va encore pourrir nos existences, ils n’ont plus rien, ils sont grillés par la population. Leur avis n’est même plus pris en compte par les différents gouvernements et à l’heure actuelle, les seules grèves des travailleurs que la bourgeoisie considère comme légitimes, ce sont ces fameuses grèves dans les usines qui délocalisent, où il est bien entendu déjà trop tard pour lutter. Tout le reste est dénigré.

Il est temps d’ouvrir les yeux et revenir à ce que le syndicalisme aurait toujours dû être, c’est à dire un moyen pour que les travailleurs prennent conscience de leur force, mettent en place la solidarité et un creuset dans lequel naissent les formes de rebellions prolétariennes et non un bureau de services, pour consommateurs.