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Entre Paris et Alger

Publié le 6 mai

Dans le Monde daté du mardi 13 avril, un article intitulé « Entre Paris et Alger, l’introuvable embellie » nous informe sur les avanies des relations diplomatiques entre la France et l’Algérie : une visite prévue de longue date du premier ministre Jean Castex en Algérie vient d’être « reportée » (terme diplomatique) officiellement pour des raisons protocolaires.

Le journaliste écrit que la composition de la délégation officielle française n’était pas selon les autorités algériennes assez prestigieuses, parce que notre premier ministre ne se faisait pas accompagner de suffisamment de ministres. Dans les ruelles de la casbah d’Alger, sur les places et les marchés du pays, c’est pourtant de toutes autres interprétations qui circulent. La rencontre récente entre le chef d’état-major de l’armée française et son homologue algérien (rencontre bien documentée) a nourri dans la population algérienne bien des craintes et nous pensons quant à nous que les citoyens algériens ont bien des raisons de s’inquiéter : un simple coup d’œil sur la situation géopolitique de cette partie du continent africain est éclairant.

Empêtrée dans son engagement au sahel à la poursuite d’insaisissables islamistes, la France cherche désespérément des alliés : cette guerre coûte cher, est de plus en plus impopulaire en France (les élections approchent), et même les populations sahéliennes trouvent de mauvais goût la protection militaire que nous leur fournissons. Hélas, les États européens, "nos" (ou plutôt ceux de l’État et de son
gouvernement) alliés refusent obstinément de s’engager à "nos" coté (ils se contentent d’un soutien matériel et d’encouragements). Or l’Algérie dispose d’une armée parfaitement structurée, bien équipée (c’est sinon l’armée algérienne, en tout cas sa hiérarchie qui en réalité tient les manettes du pays et capte à son profit une grande partie de ses richesses) et pourrait donc venir épauler l’armée française, voire carrément la remplacer. La sortie de ce bourbier serait pour le candidat Macron un argument de campagne avantageux : se présenter devant les électeurs avec une colombe sur l’épaule, n’importe quel politicien en rêve. Et donc, la diplomatie française s’emploie depuis déjà quelque temps à préparer le terrain : les
relations entre les présidents français et algériens sont au beau fixe, de vieux contentieux ont été résolus, (la France a reconnu enfin ses torts et responsabilités dans la guerre d’Algérie), les chefs d’état-majors des deux armées se sont rencontrés, les ministres ne ménagent pas leur peine. Las, en Algérie comme ailleurs, tout effort mérite salaire et si l’on en croit la « vox populi » algérienne, c’est le niveau de la compensation que la France va devoir régler à l’état algérien pour prix de son engagement qui, pose problème, qui explique le report de la visite de Jean Castex.

Avec bon sens, l’homme de la rue algérien estime que les généraux algériens sont
prêts à foncer, mais ces derniers estiment que les risques sont grands, que la patate est très chaude (d’où l’attitude de réserve des États européens) et donc ils font monter les enchères. Comme dans toute discussion entre marchands de tapis, les deux adversaires utilisent tous les arguments pour valoriser leur marchandise : les généraux font valoir que la guerre contre l’islamisme (les années noires) a tué plus de cent mille personnes, qu’il ne faut pas réveiller les vieux démons et ils se disent très mécontents du soutien affiché de la France au régime marocain (leur ennemi héréditaire), de la création d’une section de citoyens marocains adhérents à La République en Marche dans le Sahara Occidental, territoire revendiqué à la fois par
le Maroc et le Front Polisario lui-même soutenu par l’Algérie ; les négociateurs français quant à eux jouent sur le fait que l’Algérie a besoin d’argent pour acheter la paix sociale ( son économie est exsangue, les ressources pétrolières se sont effondrées, le peuple est en révolte permanente (manifestations du Hirak : un mouvement social de révolte qui par certains cotés s’apparente au mouvement des gilets jaunes cf notre brochure ALGÉRIE : 2001 – 2019, INSURRECTIONS POUR LA LIBERTÉ ET LA DIGNITÉ ).

Pendant ce temps, les peuples algériens et français assistent en témoins muets à
ces joutes. Finalement, nul doute que les deux gouvernements parviendront à s’entendre : les contribuables français paieront, les conscrits algériens (l’armée algérienne est une armée de conscription) iront gratuitement verser leur sang au Sahel pour la « défense de la paix », et ce n’est pas être prophète que de parier qu’une bonne partie de la contribution française disparaîtra dans des « poches très
profondes ».

Enfin, nous nous permettrons une remarque relative à l’article du Monde que nous avons cité : rien de faux dans tout ce qui est écrit, aucun mensonge, aucune fake-news, simplement quelques omissions...

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