LE POUVOIR DU PEUPLE

L’Indonésie est l’un des géant émergents de la planète, avec 264 millions d’habitants. Après une phase de dictature féroce des années 60 jusqu’aux années 2000 (pour endiguer la "menace communiste"), "le plus grand pays musulman du monde" vit désormais au rythme des élections présidentielles d’une démocratie d’apparence libérale. Mais ici aussi, la crise frappe une économie qui était dirigée vers l’exportation alors que les pays acheteurs réduisent leurs commandes. Alors pour maintenir les bénéfices des entreprises locales ou multinationales, ainsi que le niveau de corruption élevé de l’administration, il faut intensifier la production, au détriment des travailleurs et de l’environnement, qui sont les uns et les autres surexploités.

Il y avait cet été une élection présidentielle, qui voyait "s’affronter" comme aux théatre les deux faces de la même pièce capitaliste : à gauche "le mouvement démocratique" et à droite les conservateurs (islamistes) du "pouvoir du peuple". Au final, c’est le "mouvement démocratique" qui l’a emporté, mais de peu, face aux islamistes. Pour se donner une image plus "virile", les "démocratiques" n’avaient pas hésité à monter de toute pièce une répression brutale et surtout visible contre les anarchistes lors des manifestations du premier mai . Notre internationale, l’AIT, et nos compagnons locaux du PPAS étaient désignés comme des "agents étrangers qui voulaient introduire en Indonésie une idéologie étrangère aux traditions". (cf autres articles dans ce journal.

Mais les conservateurs islamistes, avec leur slogan "le pouvoir du peuple" ont essayé d’attirer à eux la foule des déshérités et des exclus du système démocratique indonésien. Ce dessous un texte de Pustaka Catut ("la bibliothèque en colère"), groupe anarchiste autonome indonésien qui nous rappelle ce qu’est véritablement le pouvoir du peuple. Il est spontané et certainement pas politicien, il correspond à une demande de la majorité des exploités et n’est pas pour le profit d’une clique. Le "pouvoir du peuple" surtout né dans la lutte et le conflit, environnemental ou social, et pas dans les urnes. Dans cette description du "pouvoir du peuple" et de comment il advient, il nous a semblé retrouver en partie ce que nous avons vécu pendant le mouvement des Gilets Jaunes. En Indonésie ou en France, à Hong Kong ou à Alger ou au Soudan, il y a dans l’air du temps quelque chose d’universaliste, le pouvoir du peuple ...

LE POUVOIR DU PEUPLE

" Le pouvoir du peuple "ne se résume pas à une mobilisation de masse pour participer à des manifestations nationales. Il ne s’agit pas d’une action parfaitement planifiée et dirigée. Il ne provient pas uniquement de groupes uniformes et faciles à identifier. Plus important encore, cela ne fait jamais partie d’un agenda [politique].

La bourgeoisie, les financiers, les propriétaires des moyens de production, les riches ... le "pouvoir du peuple" est à l’opposé de tout cela. Le "pouvoir du peuple" est le point d’ébullition. Il est généralement né de manière organique lors de la crise socio-politique. Diverses demandes, diverses tactiques, cependant, ces diverses demandes convergent vers une demande commune qui elle même est née sans processus de consensus préalable. Cette demande est spontanée et non planifiée car elle provient d’un changement de conscience de la pensée critique de la majorité de la population, de sorte qu’elle ne serve que les intérêts et les besoins de cette majorité de la population (comprendre : la classe opprimée).

La montée de la politique autoritaire en Indonésie, qui est recouverte de terme et de slogan de " mouvement démocratique" est très ironique. La force et la concentration de toute la communauté étaient polarisées et concentrées sur les intrigues des deux camps [pendant la campagne présidentielle], occultant l’urgence du mouvement populaire durement gagné. Ils les politiciens] ne reconnaissent pas de logiques autres que les logiques binaires 01 ou 02. Ils ne s’intéressent pas à savoir si il y a des groupes indépendants non liés à eux et n’ayant aucun intérêt en dehors de la paire de candidats à la présidentielle. L’esprit n’est simplifié que dans la formule : si vous semblez être opposé au régime, alors c’est que vous êtes l’opposition. [mais vous êtes toujours dans le système].

Il n’y a pas de "pouvoir du peuple" aujourd’hui. Mais le changement de conscience qui l’enflammera va croissant dans l’esprit des agriculteurs et des pêcheurs déplacés, dans l’esprit des travailleurs qui luttent contre les licenciements et la répression des syndicats, les combattants de l’environnement qui surmontent la crise écologique, les femmes qui luttent contre la violence sexuelle, les étudiants et les étudiants qui réalisent l’effondrement du système. C’est l’esprit d’une foule silencieuse lisant dans un étal de lecture au bord de la route, son esprit flottant haut et tricotant l’imagination du futur.

Nous soulignons que, hormis les émeutes et les conflits civils ordinaires [sociaux, environnementaux, etc ..], il n’existe pas de "pouvoir du peuple" aujourd’hui. Il n’est pas encore né. Nous le savons avec certitude parce que nous le portons encore dans nos cœurs. "

D’après un texte de PUSTAKA CATUT