NOS ANCÊTRES LES BACTÉRIES

Samedi 8 octobre 2016, par cnt // Nationalisme / Identité / Religion

Le débat relancé par Sarkozy autour de « Nos ancêtres les Gaulois » a fait couler un flot de commentaires.

A entendre tous ceux qui se sont exprimés, il serait déterminant pour notre avenir de savoir si nos ancêtres étaient Celtes, Romains, Francs ou Africains.

Mais pourquoi s’arrêtent-ils en chemin dans cette recherche de nos origines ? A remonter dans l’histoire, qu’ils ne s’arrêtent pas en chemin, qu’ils remontent jusqu’au bout !

Du strict point de vue scientifique, tous les animaux de la planète ont un ancêtre commun, et cet ancêtre, c’est le premier être unicellulaire apparu, une bactérie.
C’est à partir d’elle que se sont développés les premiers êtres vivants multicellulaires, puis des êtres de plus en plus complexes, dont l’être humain [1] . Tout ce qu’il devrait y avoir à dire, au niveau politique sur la question c’est que, in fine, nos ancêtres sont des bactéries, et, si on ne veut pas remonter au bout du bout, ce sont les hominidés. Sur le plan biologique, l’espèce humaine est une et indivisible.

Ceux qui systématiquement oublient cette réalité le font dans un but partisan, pour servir leurs intérêts. Ils découpent les populations en communautés historiques (« les peuples ») et veulent leur imposer une fixité qu’elles n’ont jamais eue. Suivant ce raisonnement fallacieux, aucun être humain ne saurait être libéré de ce déterminisme historique qu’est « la tradition ».

Pourtant, que nos aïeux soient des Gaulois ou des Shadocks nous n’avons aucune tendance génétique à manger du sanglier ou à pomper de l’air.

La croyance à une sorte de « génie des nations » (selon une expression ancienne) que sous-tendent des croyances comme « Nos ancêtres les Gaulois », est absurde et ne repose sur rien. Ce « génie », cette « spécificité » étant tout au plus une série de stéréotypes, d’invention récentes ou d’habitudes sans intérêt [2] .

Une telle croyance nie la multitude de possibilités dans la « façon d’être » que possède à la naissance chaque individu. Elle l’oblige à se conformer à un mythe, à reproduire, à respecter et à défendre le pseudo-héritage national. Avec toutes les conséquences que cela entraîne :
sur le plan individuel un musellement,
sur le plan collectif la guerre.
Il n’est que d’observer l’histoire et l’actualité pour constater combien ces croyances, base de tous les nationalismes, sont meurtrières. C’est les armes à la main que les mythes nationaux finissent par être défendus quand ils sont exacerbés. Et l’histoire montre le ridicule de la chose : telle « nation » ennemie héréditaire et irréconciliable de telle autre pouvant devenir, à tout moment sa meilleure alliée, voire fusionner avec.

Les critiques de l’historiographie officielle sont, elles mêmes, rarement
impartiales [3] . Elles visent en général à remplacer une mythologie par une autre. Si les politiques ont chipoté en
chœur sur les gaulois, ils sont beaucoup moins pointilleux pour dénoncer les
fantaisies historiques dès qu’on parle de « Nos ancêtres les Occitans, les Catalans ou les Bretons ». Ces nouvelles mythologies sont avalées tout crues par beaucoup de ceux qui se gaussent des Gaulois. L’hôpital a toujours eu une tendance marquée à se moquer de la charité.

[1Rappelons, à ceux qui entretiennent la confusion, que l’évolution est un fait scientifiquement validé. Il existe par ailleurs diverses théories de l’évolution qui cherchent à expliquer ce fait validé et qui, elles, sont sujettes à discussion.

[3Voir notre critique de la construction du roman national « La vérité historique, première victime du nationalisme » (2010)