Mare de la profitation

Lundi 7 décembre 2015, par cnt // Divers

Chaque humain doit avoir l’accès inconditionnel à tout ce dont il a besoin pour vivre. Accéder ne veut pas dire posséder et encore moins abuser ou détériorer. Or notre société permet à quelques humains de s’approprier ces biens communs et d’en faire supporter l’usage aux autres habitants. Cette appropriation est un vol qui conduit au viol, à la souillure et à la mort de la nature.

La destruction des terres commence déjà avec le jardinier du dimanche qui emploie massivement pesticides et engrais. Le paysan professionnel y ajoute hormones et antibiotiques, dont les animaux sont farcis. L’héritier transforme « sa propriété » en terrain de quad qui ravine les terres ou en terrain de golf, ruineux en eau. Les constructeurs bétonnent à-tout-va. Les marchands d’énergie, qui occasionnent déjà tant de dégâts avec les hydrocarbures, veulent imposer le gaz de schiste, etc.

Les propriétaires de terres, s’estimant également possesseurs du sous-sol et des nappes phréatiques, creusent des puits et se livrent à des pompages trop importants. Même si certaines régies accordent la gratuité pour les premiers mètres cubes d’eau consommés, il n’en reste pas moins que, plus vous êtes gros consommateur d’eau, moins vous payez cher le litre. Lorsque la gestion de l’eau est confiée aux sociétés privées, il n’est pas difficile de comprendre qu’elles ne lutteront jamais contre le gaspillage ou la pollution, puisqu’elles tirent des bénéfices gigantesques du traitement des eaux usées. Chacun doit avoir droit à la quantité nécessaire à sa consommation (boisson, hygiène). Personne ne devrait pouvoir dépasser cette quantité. Et pourtant…

Espérance de vie Angola : 38, 2 ans
Zambie : 38,63 ans
Lesotho : 40,38 ans
Monaco : 89,57 ans
En France, un cadre a 6 ans de plus d’espérance de vie qu’un ouvrier.

Un touriste, dans un hôtel en Afrique, utilise pour son « bien-être » 7 à 10 fois plus d’eau qu’un habitant local n’en a pour arroser son champ et nourrir sa famille. Dans la réserve de Shaba, au Kenya, des pâturages ont été remplacés par une réserve de gibier autour de l’hôtel Savora Shaba. L’eau qui servait à abreuver les troupeaux est désormais détournée pour remplir l’énorme piscine de l’hôtel. Un parcours de golf dans un pays tropical engloutit chaque année une tonne et demie de pesticides et d’engrais et consomme autant d’eau que 60 000 habitants d’une zone rurale de ce même pays.

Revenons ici. Depuis l’État jusqu’aux communes, les institutions délèguent une partie de leurs tâches à des prestataires de services. Il en est ainsi pour les déchets. Des camions remplis traversent parfois la France entière pour acheminer les déchets vers les recycleries. Où est la logique ? Essayez, pour tester, de comprendre le budget du traitement des déchets de votre commune, vous verrez que, généralement, il manque totalement de clarté.
Le tri des déchets complique encore plus la vie des plus pauvres : si vous habitez dans un très petit logement, à l’étage parfois sans ascenseur, il vous faut trouver de la place pour 3 ou 4 poubelles. Puis descendre ces poubelles si vous êtes seule, avec un bébé - que vous ne pouvez laisser seul - dans les bras, si vous êtes handicapé ou simplement âgé et physiquement limité… dans chaque détail du quotidien, la vie des pauvres est un parcours du combattant.

A l’heure ou l’énergie devient si chère, les pauvres sont, là encore, bien lésés. Comment payer isolation et système de chauffage performant ? Le mal-logement n’est pas un phénomène rare en France. Pourtant le gouvernement remet en cause le financement du logement par mutualisation et préfère défiscaliser le privé. Les fonds du « livret A » sont maintenant ponctionnés par Bercy au lieu de revenir au financement du logement social comme cela était prévu.

Cependant l’énergie ne semble pas manquer aux services de renseignements et de marketing qui utilisent des supercalculateurs pouvant dépasser la barre du pétaflop (capables de calculer un million de milliards d’opérations par seconde). Les plus gros d’entre eux dévorent entre 5 et 10 mégawatts par heure, soit la consommation d’une ville moyenne.
Le PAUVRE, lui, subit toutes les souffrances infligées par le régime des possédants. C’est un cercle vicieux qui commence par l’éducation : plus on est pauvre, moins l’école vous aide à vous en sortir. Moins vous avez bénéficié d’années d’études qualifiantes, plus votre travail est pénible et mal payé. Moins vous êtes payé, moins vous avez accès à la santé et moins vous pouvez jouir de temps de retraite.

Le pauvre ne coûte pas cher à la société mais enrichit les patrons et les banques. Ces dernières ont récolté l’année dernière 27 milliards d’euros en « frais de découvert ». 27 milliards d’euros volés à des personnes qui manquaient déjà du nécessaire.

La vie du pauvre n’a aucune valeur face au marché. Pour le commerce, les dirigeants déclarent des guerres que les médias essaient de nous présenter comme justes. Les morts sous les bombes - ou pour cause de misère - n’ont aucune importance. Les morts au travail pour le profit des patrons et spéculateurs n’ont pas non plus les honneurs de la presse et les 1 277 morts annuels d’accident du travail ou de maladie professionnelle (plus de trois travailleurs par jour) ne pèsent pas bien lourd.

Aujourd’hui, les plus riches financent sans compter des recherches… pour « bien vieillir » , « bien baiser » , rester beau et en forme longtemps, longtemps… mais on n’éradique pas des maladies, aussi horribles que la lèpre (pourtant parfaitement guérissables), ni la faim.