ANARCHOSYNDICALISME : DÉFINITION, OBJECTIFS, FINALITÉS & CACTÉRISTIQUES SINGULIÈRES

Lundi 2 mars 2015, par cnt // ASSOCIATION INTERNATIONALE DES TRAVAILLEURS

L’AIT vient de se réunir, les 6 et 7 décembre, en Congrès extraordinaire à Porto. Après quelques vicissitudes, le Congrès a clairement confirmé notre organisation comme étant la seule section de l’AIT dans la région France.

Même s’il n’est jamais très aisé de maintenir une activité militante, de développer l’autonomie populaire et de ne jamais plier un genou face à l’État et ses outils, nous puisons dans le Congrès de l’AIT une force nouvelle, bien décidés que nous sommes à continuer le combat et a expérimenter des manières de fonctionner que nous souhaitons plus efficaces dans la période que nous traversons et plus en phase avec l’anarchosyndicalisme.

A l’heure ou une véritable guerre sociale, larvée ici ouverte dans d’autres régions du globe, meurtrit internationalement la classe ouvrière, nous appelons à venir renforcer l’autonomie populaire à travers la section française de l’AIT, seule internationale qui maintient fermement une ligne clairement révolutionnaire d’essence libertaire dont chacun trouvera l’expression dans ses principes de base que nous reproduisons ci-après.

Définition

L’anarchosyndicalisme est un moyen d’organisation et une méthode de lutte et d’action directe des travailleurs, qui prend ses racines dans les principes de la Première Internationale et dans ceux du syndicalisme révolutionnaire. Il s’inspire de sources essentiellement fédéralistes et anarchistes. Par une activité révolutionnaire nette et une orientation libertaire claire dans la pratique, il tend constamment à conquérir les améliorations maximales, dans tous les domaines, pour la classe ouvrière, en vue de son émancipation intégrale contre tout type d’exploitation et d’oppression de l’homme par son semblable ou par une institution quelconque. En même temps il combat pour l’abolition du capitalisme et de l’État sous toutes ses formes.

Irréductiblement opposé aux systèmes sociaux et politiques actuellement dominants, il préconise la transformation radicale des sociétés et des régimes existants par l’instauration d’un système social de coexistence humaine basé sur les principes du communisme libertaire.

L’anarchosyndicalisme n’est ni une doctrine ni une philosophie. Son contenu théorique est extrait du socialisme humaniste et principalement de l’anarchisme - dont les principes sont ceux de la défense intégrale de la personnalité humaine, de la liberté, de la solidarité, de l’appui mutuel et de l’association volontaire et fédérative - dans lesquels il trouve son fondement le plus solide.

L’anarchosyndicalisme, dans le mouvement ouvrier moderne, constitue un courant syndical absolument indépendant ayant des caractéristiques propres très prononcées, autant par son contenu de base que par sa forme d’organisation et de fonctionnement. Il est exempt de tout centralisme et de toute bureaucratie et tient toujours compte de la personnalité de l’affilié dont il stimule la participation à la vie syndicale.

Il respecte l’autonomie des sections, des syndicats, des fédérations et des confédérations. Il se singularise aussi par les méthodes d’action directe qu’il emploie, par sa dynamique et sa stratégie de lutte ainsi que par son orientation à finalité sociale. Une autre de ses caractéristiques spécifiques et particulières est son refus de toute collaboration de classes, de tout compromis avec le capitalisme ou avec l’État, ou encore au nom de l’« intérêt national ». Il refuse, également, toute participation ou intervention dans un quelconque organisme, gouvernemental ou patronal (mixte ou officiel), tout arbitrage et légalisme et tout type d’intermédiaires dans les luttes sociales quotidiennes. L’anarchosyndicalisme, se considérant en lutte permanente et sans trêve contre le système qu’il combat et qu’il se propose d’abolir, refuse toute limite, entrave et interférence à sa liberté d’action. Sa position se trouve toujours à l’avant-garde de la lutte sociale et des revendications des travailleurs. L’anarchosyndicalisme entretient vivant l’esprit révolutionnaire au sein des masses ouvrières. Il exerce et forme cet esprit dans le combat conscient, volontaire et direct, dans le développement de ses initiatives propres. En même temps, il contribue à sa formation et à sa préparation maximale des masses ouvrières, afin qu’elles puissent consciemment assumer - en se passant de tout parti politique - leurs responsabilités dans l’autogestion directe de la nouvelle société libre, juste et solidaire à construire et à organiser.

En son sein, les classes une fois supprimées, et avec l’aide de toutes les avancées scientifiques et techniques, il essayera de fournir à tous et à chacun, au moyen du travail et de l’effort individuel et collectif, le maximum de bien-être et de sécurité dans le respect intangible, inaliénable et imprescriptible de la liberté et de la personnalité de chaque être humain, objectif fondamental se confondant avec l’anarchisme.

L’anarchosyndicalisme ne prétend pas être une fin en soi, ni même créer une nouvelle idéologie sociale orientée de préférence vers le syndicalisme.

Il ne prétend pas non plus assumer totalement et globalement la représentation et l’administration de la société nouvelle ni la façonner dans un esprit uniforme et par des schémas inamovibles. Sa conception du communisme anarchiste est vivante ; elle est ouverte à toute les suggestions et aux diverses modalités d’application toujours perfectibles, à condition qu’elles partent d’une base essentiellement libertaire.

Objectifs et buts

L’anarchosyndicalisme a clairement conscience que le déchaînement de la révolution sociale, visant à renverser le capitalisme et l’État, pour obtenir le changement et la transformation de la société, ne dépend pas de sa seule et unique force. Il est aussi conscient qu’il ne pourrait pas non plus assumer, à lui seul, toutes les responsabilités fonctionnelles dans le déroulement du futur. Il ne prétend pas, non plus, se transformer en nouvel ordre portant sa dénomination en faisant prévaloir un monopole déterminant. Il ne présente pas non plus aux hommes le communisme anarchiste comme une panacée ou comme une formule magique unique de solution économique, sociale et politique. Il présente plutôt le communisme anarchiste comme une solution des plus viables, rationnelles, logiques, ayant une finalité juste et éthique, de caractère sociologique. Il présente aussi le communisme anarchiste comme une solution pour la coexistence libre, harmonieuse et solidaire entre les êtres humains qui souhaitent et aspirent à une société nouvelle, sans antagonismes internes, sans aliénation de l’individualité et dans laquelle les relations humaines peuvent se développer sans contraintes autoritaires.

Il présente la solution communiste libertaire comme une ample conception ouverte, évolutive et perfectible, sans plans rigides ou uniformes et qui a conscience des grandes mutations et transformations qui se produiront dans l’avenir, dans le monde et dans l’humanité. Il ne peut pas ignorer les modalités d’application du communisme anarchiste car, tout en conservant et en affirmant une coïncidence dans ses lignes essentielles, il est fondamentalement orienté vers la proposition, pleine, parfaite et de la façon la plus optimale possible, d’une offre variable, au vu des conditions réelles existantes dans chaque pays. Cela est valable tant en termes d’environnement, de mentalité et de psychologie, que de ressources naturelles locales et du développement économique, industriel, etc., et d’autres causes complexes, qui ont leurs influences dans le comportement des hommes et qui sont enracinées dans la biologie-même des sociétés.

Les formes d’organisation syndicale qu’adopte aujourd’hui l’anarchosyndicalisme dans le système capitaliste (structures industrielles, agricoles, économiques, financières et d’autres de types aussi divers que complexes qui lui sont propres) sont celles de structures que l’anarchosyndicalisme ne peut pas ignorer pour la plus grande efficacité de son combat offensif et défensif tout en ne perdant pas de vue qu’elles ne sont pas inamovibles.

L’anarchosyndicalisme, à travers ses propres expérimentations, et dans sa dynamique, dispose de l’aptitude et de la possibilité de les modifier ou de les perfectionner, mais toujours en respectant les bases fonctionnelles du fédéralisme et de l’autonomie ainsi que les finalités et l’essence libertaires ; cela en raison même des changements qui peuvent avoir lieu dans le remplacement du système capitaliste-étatique par la nouvelle société communiste libertaire. Les bases de cette nouvelle société exigeront des changements indispensables et nécessaires telles des adaptations dans l’ordre économique - production et distribution, fonctionnement des services, de l’organisation du travail - dans la difficile et complexe gamme des choses vitales, en prenant en compte des aspects qui affectent l’ensemble social.

L’anarchosyndicalisme considère que le syndicat, ainsi que toute organisation syndicale de ce type, peut et doit être un des piliers les plus solides sur lequel devra s’appuyer la société afin de la consolider.

Caractéristiques particulières de l’anarchosyndicalisme

Une des caractéristiques et des vertus les plus appréciables de l’anarchosyndicalisme est le respect absolu de la personnalité de l’affilié. Il invite invariablement celui-ci à militer de manière dévouée et volontaire ainsi que de façon désintéressée, dans la vie quotidienne comme dans la vie du syndicat, de ses sections, des fédérations, de l’organisation en général. Il l’invite à assumer ses responsabilités propres, à exposer librement son avis, à faire ses choix et à prendre ses décisions dans les assemblées comme à prendre part directement à l’activité et à la lutte ; à appliquer les dispositions qui dérivent de ces accords que, par consensus commun, l’organisation aura pris. Dans l’organisation anarchosyndicaliste, les accords se déterminent du bas vers le haut. Les charges qui s’y renouvellent régulièrement sont révocables. Tout leadership et toute bureaucratie sont rejetés.

L’organisation anarchosyndicaliste compte toujours et uniquement avec ses seuls moyens économiques, sur la base du produit des cotisations rendues effectives par ses affiliés, pour son fonctionnement, ses activités, sa propagande, sa solidarité, c’est-à-dire, pour tous les aspects de toute nature. Ceci contribue à assurer sa pleine et totale indépendance. Nous pouvons affirmer qu’il n’y a pas une organisation syndicale aussi honnête que l’anarchosyndicalisme. Ses militants ne peuvent aspirer à des sinécures d’aucune sorte en son sein. Tout au long de leur existence, ils doivent donner la preuve et l’exemple de leur dévouement et de la droiture de leur engagement personnel.

L’anarchosyndicalisme déclare qu’il ne peut pas y avoir de vie collective libre, ni de justice sociale, dans une société de classes. Il déclare que les fondements de cette dernière perpétuent et consacrent la division entre les Hommes ; que toute réforme qui ne détruira pas les fondations de cette société-là ne changera pas le fonds des choses pour les travailleurs qui continueront, alors, à être opprimés et exploités. Pour ces raisons et d’autres raisons de principe, il se détermine contre la collaboration de classes, contre la cogestion, et contre le consentement à la politique de participation intéressée dans les entreprises capitalistes. Il y a une incompatibilité fondamentale et absolue entre l’anarchosyndicalisme et le système capital-étatique.

L’anarchosyndicalisme est antiparlementaire par le fait même de ses fondements anti-autoritaires et aussi parce qu’il considère qu’une telle procédure est absolument inefficace du point de vue de l’émancipation effective de la classe ouvrière.

C’est, principalement, sous l’impulsion et l’influence du marxisme - véritable responsable de la scission de la Première Internationale et de la culture de l’action politique représentative des travailleurs - qu’a eu lieu l’expérience de la mise en œuvre des partis politiques ouvriers de dénomination socialiste, marxiste, démocrate etc. Cette expérience a démontré, de façon éloquente et convaincante, la stérilité de la lutte sur ce terrain-là, malgré l’obtention de majorités absolues et la possibilité de former des gouvernements. Cela s’est vu dans divers pays et diverses périodes, entre la moitié du XVIIIe siècle et aujourd’hui.

Dans le système actuel, où que puisse régner un gouvernement socialiste, social-démocrate, ou de n’importe quelle autre dénomination, ce gouvernement se verra toujours sommé de servir les seuls intérêts du capitalisme et de l’État, au nom de l’intérêt général et au détriment de la classe ouvrière, de par l’engrenage même des forces de pression existantes et prédominantes qui sont intrinsèques à ce système. Ce dernier les met en œuvre à travers ses réseaux et ses multiples tentacules inquisiteurs et fureteurs qui minent l’espace sociétal.

Ci-dessous, le lien :
http://www.portaloaca.com/pensamiento-libertario/textos-sobre-anarquismo/2040-anarcosindicalismo-definicion-objetivos-finalidades-y-caracteristicas-singulares.html