TO BE OR NOT TO BE CHARLIE, ÉTAIT-CE BIEN LA QUESTION ?/LES DOMINANTS SONT (AUSSI) DES CHARLIES/Et la lutte des classes là-dedans ?

Samedi 7 février 2015, par cnt // Nationalisme / Identité / Religion

 TO BE OR NOT TO BE CHARLIE, ÉTAIT-CE BIEN LA QUESTION ?

Un slogan vu partout a été « Je suis Charlie », ce à quoi ont répondu rapidement des « Je ne suis pas Charlie ». Était-ce bien la véritable question ?

Ceux qui ont arboré « Je suis Charlie » [1], ont vécu un processus d’identification, ils ont éprouvé un fort sentiment d’empathie envers les victimes. On peut déplorer à juste titre que cela se soit arrêté à de l’émotionnel, que cela n’ait été, le plus souvent qu’un slogan ; mais on ne peut pas réellement s’en étonner. En Mai-68, nous étions des centaines de milliers à crier « Nous sommes tous des juifs allemands ». Évidemment, nous n’étions ni juifs ni allemands, et nous aurions été bien embêtés s’il nous avait fallu le devenir. Le slogan marquait simplement notre solidarité [2] contre la répression. C’est la même chose pour le « Je suis Charlie » d’aujourd’hui. C’est plutôt irritant [3], ou pour le moins dommage, mais ce slogan n’a pas plus de portée que cela.

Cependant, dans ce pays où l’on nous promet que le Front national arrivera premier à l’élection présidentielle, c’est déjà beaucoup. On peut se féliciter que la réaction spontanée d’une énorme partie de la population ait été une manifestation de solidarité, de fraternité, d’appel à la liberté d’expression et non un mouvement de racisme, de rejet et d’appel à la censure. On peut se féliciter que cette réaction, massive, ait été spontanée. En effet, ce n’est pas à l’appel du gouvernement ou des partis politiques que les gens sont sortis dans la rue dès les toutes premières heures, c’est d’eux-mêmes. De plus, malgré leurs tentatives de récupération, les élus, les partis politiques et les syndicats de collaboration de classe ont dû, en province du moins, en rabattre et n’ont pas pu défiler banderoles au vent. Et les fachos n’ont pas pu placer un seul slogan xénophobe dans les manifestations.

Pour autant, il ne faut pas être naïf. L’extrême-droite, neutralisée dans la rue, compte bien capitaliser dans les urnes. Le gouvernement a trouvé là, d’abord une aubaine inespérée pour appeler à l’union sacrée interclassiste et à l’augmentation du flicage, ensuite une diversion pour faire passer, le plus discrètement possible, un nouveau pan de sa politique destructrice envers les travailleurs (loi Macron…). A Paris, une brochette de gouvernants, venue afficher l’entente fondamentale des puissants, a ouvert la grande manifestation, marchant pour ainsi dire sur le cadavre de Charlie dont la plupart de ces dirigeants détestaient les idées. De même, la police est sortie renforcée de l’opération et fera plus facilement passer par pertes et profits ses « bavures ». Tout cela, qui est malheureusement exact, a été relevé par les « Je ne suis pas Charlie ».

Maintenant, après les « Je suis » et les « Je ne suis pas », qui ont tous leur part de légitimité, la véritable question n’est-elle pas : « Comment on s’organise pour mener le combat  » , car, pour reprendre le communiqué de nos compagnons landais : « La nécessité de s’organiser et de s’exprimer, par l’autonomie populaire, est sans doute plus que jamais à l’ordre du jour. Le moment le plus obscur de la nuit, c’est le matin, juste avant l’aurore ».

[1Il n’est pas question ici de ceux qui n’ont versé que des larmes de crocodile.

[2Avec … Daniel Cohn-Bendit.

[3On aurait pu espérer que tous ceux qui ont affiché « Je suis Charlie » en partagent sinon les valeurs du moins éprouvent un minimum de solidarité, au moins passagère, avec ceux qui sont dans la dèche. Cela a été loin d’être le cas, le billet de Pitufo en témoigne, ci-dessous.