AYONS LE CULTE DE L’ESPRIT CRITIQUE/ LE « MAIS » QUI TUE

Samedi 7 février 2015, par cnt // Nationalisme / Identité / Religion

 AYONS LE CULTE DE L’ESPRIT CRITIQUE

Le 7 janvier 2015, deux individus munis d’armes de guerre pénètrent dans les locaux de Charlie-Hebdo. Ils assassinent froidement neuf personnes totalement désarmées (cinq dessinateurs - Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski -, la psychanalyste Elsa Cayat, l’économiste Bernard Maris, l’agent d’entretien Frédéric Boisseau, le correcteur Mustapha Ourrad et un invité, Michel Renaud) et le policier Franck Brinsolaro, chargé de la protection de Charlie. Dans la rue, ils abattent l’agent Ahmed Merabet.

Le lendemain 8 janvier, à Montrouge, un autre individu blesse grièvement un employé de voirie et tue une policière municipale (Clarissa Jean-Philippe) puis attaque, Porte de Vincennes, une superette dans laquelle il commet des crimes clairement antisémites en abattant quatre personnes toutes de confession israélite (Yoav Hattab, Yohan Cohen, Philippe Braham et François-Michel Saada).

Dès le 7 au soir, la CNT-AIT de Toulouse réagit par un communiqué largement diffusé  :
« Le massacre qui vient d’avoir lieu ce 7 janvier à Paris est d’une extrême gravité. Il importe pour nous tous non seulement d’en déplorer les effets mais surtout d’en dénoncer les causes.
D’une part, une « crise économique » persistante qui frappe la population et dont profitent les capitalistes avec la complicité d’une classe politique corrompue.

D’autre part, la diffusion massive d’une idéologie obscurantiste qui nie la lutte des classes et qui favorise volontairement la montée de communautarismes religieux.

La tuerie à laquelle nous venons d’assister n’est qu’un des résultats dramatiques de cette situation qui a permis aux religions de redevenir un fait sociétal prétendument respectable.

Pourtant, toutes les religions sont porteuses d’actes fanatiques et criminels. Voltaire l’écrivait déjà : "Ceux qui font croire des absurdités peuvent vous faire commettre des atrocités."

L’émancipation des exploités ne sera jamais l’œuvre de partis politiques ou de religions, mais au contraire celle de leur lutte solidaire et autonome contre l’Etat, le capitalisme et toutes les religions. » [1].

Après cette série de meurtres qui constituent une atteinte majeure aux libertés humaines les plus fondamentales (liberté de conscience [2], liberté d’opinion, liberté d’expression), l’émotion est grande et légitime.

Dans la dizaine de pages qui suivent, nous essayerons de nous en extraire pour apporter des éléments de réflexion, à la fois sur des points factuels et sur le fond. Nous remercions tous ceux qui nous ont envoyé leurs réactions, leurs textes et nous nous excusons auprès d’eux de ne pas avoir pu tout publier. Plusieurs numéros d’Anarchosyndicalisme ! n’y auraient pas suffi. Ajoutons que certains aspects essentiels à la compréhension du sujet ont déjà été abordés dans nos colonnes, notamment le rôle de la montée de ce qu’il est de bon ton de nommer les « identités » (régionales, nationales, religieuses…) et la responsabilité majeure du système carcéral, véritable usine à fabriquer des djihadistes [3].

Enfin, dans ces pages où il sera beaucoup question de «  cultes  », qu’on nous permette de célèbrer ; avec Louis Pasteur et au prix d’un jeu de mots, le nôtre, le culte de l’esprit critique [4].

[1cf page facebook de la CNT Toulouse https://www.facebook. com/pages/Cnt-ait-toulouse-officiel.

[2Dans ce dossier, les religions font l’objet de critiques – que nous jugeons bien entendu fondées. Nous n’en affirmons pas moins notre attachement total à la liberté de conscience (celle de toute personne de croire ou de ne pas croire à quoi que ce soit). Le problème commence – et notre opposition aussi – quand les croyants quels qu’ils soient, veulent imposer aux autres leurs croyances ou les conséquences de celles-ci.

[3«  Les cellules du fanatisme  », N°141,

[4«  Ayez le culte de l’esprit critique, sans lui tout est caduc. N’avancez rien que vous ne puissiez prouver par l’expérimentation, de façon simple et décisive  ». Louis Pasteur, lors de l’inauguration de l’Institut qui porte son nom, 14 novembre 1888.