STRATÉGIE DE LA TENSION

Lundi 8 décembre 2014, par cnt // Sivens

Stratégie de la tension, c’est la méthode qu’a choisi l’État pour déprécier le mouvement social autour du barrage de Sivens et de la mort de Rémi Fraisse.

La méthode n’est pas nouvelle : c’est celle mise en œuvre en Italie pendant les années dites de plomb (fin des années soixante - début des années 80). Le pouvoir (italien, appuyé par les USA et autres lobbys capitalistes) craignait que le pays invente et mette en place une forme de socialisme réel. Cette crainte était fondée : le mouvement social était très fort. Pour l’abattre, le pouvoir mit en œuvre, délibérément, un climat de violence… et une répression tout aussi violente. Mais, si les attentats sanglants furent réalisés par des groupes paramilitaires d’extrême-droite [1], la répression s’abattit immédiatement sur le mouvement anarchiste ! Évidemment, le mot « anarchiste », brandi par le pouvoir comme un épouvantail, venait ajouter une touche à la peur légitime créée par les attentats [2].

Sans atteindre, à ce jour, la gravité italienne, la stratégie de la tension est parfaitement reconnaissable dans la façon dont le pouvoir mène la guerre à Sievens : un harcèlement de tous les jours, allant crescendo, jusqu’à une première mort d’homme.

C’est en effet depuis plusieurs mois – pratiquement depuis le début - que les opposants au barrage de Sivens subissent les agressions policières à tout moment du jour et de la nuit :

tirs de grenades offensives, bombardements de gaz lacrymogènes depuis des hélicoptères, grenades lacrymogènes sciemment lancées à l’intérieur des habitations. Ces agressions ne sont pas les seules. L’État pousse à l’action – en les laissant faire et en les assurant tacitement d’une totale impunité - : des groupes fascistoïdes composés en particulier de riches propriétaires terriens et de chasseurs. Un peu de réflexion aurait montré à ces derniers que la destruction de la forêt est également une destruction de leurs terrains de chasse. Mais ne leur en demandons pas tant.

C’est cette même stratégie immonde que l’État a décidé de conduire face à l’élan de protestation qui a suivi le meurtre de Rémi. Plutôt que d’admettre sa responsabilité, il a persisté dans sa brutalité et sa violence. Dans toutes les villes où il y a eu des manifestations de protestation (Nantes, Rennes, Paris, Toulouse, Brest…) on a pu constater un déploiement colossal de compagnies de CRS et de gendarmes mobiles et l’utilisation d’un matériel disproportionné, suivant les cas : hélicoptères volant à basse altitude, canons à eau, blocage par des grilles de nombreuses rues (et donc, impossibilité de circuler pour « tout le monde »)… Sans compter les pressions sur les commerçants pour qu’ils baissent leur rideau de fer, les bombardement des manifestants par des lacrymogènes avant que la moindre « violence » n’ait été commise… mais aussi des grenades habilement lancées sur de simples promeneurs (dont des familles avec enfants), des vitrines cassées par des sbires, des médias « prévenant » dès la veille des manifs que cela allait « être très chaud » et publiant immédiatement après des papiers manifestement écrits à l’avance et qui dégagent une vieille odeur de préfecture.

L’objectif, l’unique objectif, de cette politique menée avec une constance coupable est simple : faire peur à la population. C’est donc bien de stratégie de la tension qu’il s’agit.

[1Il est à noter que si les premiers attentats ont été le fait de l’extrême-droite téléguidée par le pouvoir, des mouvements de type maoïste, plus ou moins infiltrés, se sont ensuite lancés eux-mêmes dans ce type d’action.

[2Le premier attentat, celui de la Piazza Fontana (1969), réalisé par des néo-fascistes est immédiatement mis sur le dos des anarchistes. 400 compagnons sont arrêtés. Notre compagnon Pinelli est balancé d’une fenêtre du 4e étage du commissariat de Milan. Il meurt sur le coup. Valpreda fait des années de prison avant d’être innocenté. La CNT-AIT crée immédiatement un « Comité Italie » implanté à Toulouse dans le silence étourdissant des anarchistes célèbres de l’époque (Ferré, Brassens…).