TESTET, SUITE MAIS PAS FIN

Samedi 18 octobre 2014, par cnt // Sivens

Chaque jour, en France, 236 hectares d’espace agricole ou naturel sont perdus au profit d’espaces « artificialisés » : logements (individuels ou collectifs), infrastructures routières, ferroviaires ou autres, commerces, parkings etc., etc. Chaque année, 86 000 hectares sont bétonnés ; tous les 7 ans, c’est la superficie d’un département qui disparaît et le processus s’amplifie (entre 1992 et 2003, la progression n’était que de 61 000 hectares par an) [1]. Devant l’ampleur de ce phénomène, de plus en plus d’oppositions apparaissent. La plus médiatique est la lutte menée contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes ; mais on pourrait citer de multiples luttes contre la construction d’autoroutes, de ligne TGV ou l’implantation de carrières etc.

La lutte pour la préservation de la zone humide du Testet (à coté de Gaillac dans le Tarn) dont nous vous avons entretenus dans deux numéros précédents d’Anarchosyndicalisme  !, s’inscrit dans ce cadre. Sur un terrain d’une quarantaine d’hectares, partagé entre une zone humide protégée, des prés et des bois, le Conseil Général du Tarn veut construire un lac d’un million cinq cent mille mètre cubes pour d’une part assurer l’irrigation de champs de maïs (une vingtaine d’agriculteurs seraient concernés) et d’autre part, soutenir l’étiage du Tescou. Ces raisons, tant économiques « qu’écologiques », ne sont pas crédibles. En fait, les travaux ont surtout pour but de soutenir le plan de charge de l’entreprise à qui incombera la construction du barrage, la Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne (des élus Tarnais siègent à son conseil d’administration, ça ne sent pas le conflit d’intérêt, non ?). En ces temps ou le régionalisme est à la mode, ou des sirènes grassement subventionnées par les conseils régionaux et généraux (et celui du Tarn, qui affiche une occitanéité agressive n’est pas le dernier [2]) nous chantent les mérites des futurs Etats-régions qu’elles sont payées pour populariser (Catalogne, Bretagne, Occitanie…), on remarquera que les élus locaux (c’est-à-dire les futurs présidents et ministres de ces nouveaux Etats, s’ils voyaient le jour) se comportent exactement comme les dirigeants de l’Etat central : même morgue envers le peuple, même dédain de l’écologie, même goût du profit, même recours à la force,... si ce n’est pire : eux n’ont même pas le prétexte de ne pas bien connaître le sujet. En effet, si un « parisien » peut le méconnaître, aucun élu du Tarn ne peut ignorer l’intérêt écologique majeur du Tescou et sa zone humide !

Voici un point de la situation.

Ce 1er septembre, les travaux de déboisement ont commencé. Carcenac, président du Conseil général du Tarn et candidat socialiste aux sénatoriales, faisant fi des recours en justice non prononcés, a décidé de passer en force. Normal, la collusion de l’argent et du pouvoir, cela donne de la motivation. N’oublions pas que la CACG (Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne) a été mandatée pour réaliser l’étude préalable, puis le chantier. Peut- être même qu’elle vendra aux industriels de l’agroalimentaire — les entrepreneurs agricoles de la FNSEA — le matériel d’irrigation pour irriguer leurs plantations de maïs transgénique.

Sur le terrain, les zadistes, habitants locaux, opposants, regroupés au sein de deux collectifs résistent, comme ils peuvent, mais avec détermination. La répression policière est à la hauteur des gains escomptés par le pouvoir. Le 8 septembre, des barricades, des tracteurs, des voitures, et même de bœufs ont fait obstruction à l’entrée des machines infernales. Cinq personnes se sont enterrées pour faire aussi obstruction. Durant la matinée, Royal nous enfume et Valls la désavoue. Résultat à 16 h  : ultime provocation et, pour deux heures de déboisement, les gardes mobiles chargent, piétinent et gazent les personnes enterrées au péril de leur vie .

Le lendemain, nous occupons le Conseil général 81. La répression policière est proportionnelle à leur surprise  : matraquage généralisé, opposant, journaliste, élu opposé au barrage, à chacun sa dose. Un copain craque et donne un coup de boule à un flic en civil qui ne s’était pas identifié, garde à vue et procès le 18 novembre.

Face à leur violence, nous réalisons les limites de notre engagement non violent. A la répression policière vient s’ajouter celle de la justice, dans des procès, véritables parodies de justice. Les condamnations tombent, peines d’emprisonnement avec sursis, mise à l’épreuve durant 5 ans, fortes amendes… Tandis que les membres de la FNSEA qui déversent des tonnes de fumier sur la préfecture du Tarn, tandis que des commandos facho qui agressent les opposants au barrage, demeurent libres, sans aucun problème judiciaire, et même cautionnés, encouragés par l’État

Carcenac fait diffuser auprès de la population tarnaise, par la poste et avec notre argent, sa propagande qui n’est qu’un tissu de mensonges.
La lutte continue, elle s’amplifie d’autant qu’il ne s’agit pas d’une simple opposition à un barrage mais de la réappropriation de nos vies.

A Sivens, nous avons besoin de matériel de construction (amener des cabanes en kit), d’alimentation, de vêtements et surtout de votre présence et de votre inventivité.

Les luttes perdues sont celles que l’on n’a pas engagées, donc à bientôt, encore plus nombreux à Sivens.

Pour plus d’informations deux sites :
tantquilyauradesbouilles.wordpress.com/
Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet.

25 octobre 2014
Grand rassemblement sur le site du Testet, prélude à une
réoccupation massive pour stopper le chantier

[1Tous les chiffres cités sont extraits du numéro 246 (juillet 2010) de la revue Agreste Primeur, publiée par le ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche.

[2.- voir la pagehttp://www.tarn. fr/fr/pages/Results.aspx ?k=OCCITAN). Photo de Tant qu’il y aura des bouilles, la forêt massacrée.