LA COUPE IMMONDE

Jeudi 12 juin 2014, par cnt // Amérique du Sud

Le tournoi mondial de « tir au but » va bientôt commencer. Mais les premiers tirs policiers ont déjà une longue histoire et ont fait de nombreuse victimes notamment dans les favelas, où la révolte gronde, où la répression est monnaie courante, où les expulsions locative se sont multipliées car l’objectif étatique est de présenter aux touristes des villes sans pauvres d’où les SDF et autres miséreux auront été chassés.

Déjà, en avril dernier, des émeutes avaient éclaté à Copacabana suite à la mort d’un brésilien. La police était en cause.

Face à une population qui s’exprime et qui se bat devant autant d’injustice dans un des pays les plus inégalitaires du monde, face à cette révolte légitime qui se manifeste un jour après l’autre dans les rues du Brésil, la seule réponse de l’État, c’est d’augmenter la répression et de multiplier les victimes des agressions policières.

Les organisateurs de la coupe immonde ont peur de la population. Il leur faut une belle coupe, avec ces beaux artifices. Ils veulent que les touristes fans de ballon rond « s’éclatent » au Brésil, qu’ils voient du « bon football », qu’ils écoutent de la « bonne musique », qu’ils profitent des petites danseuses qui iront avec, qu’ils boivent... Tant pis si la population brésilienne paye ce spectacle au prix du sang. La seule chose qui compte, c’est que le fouteu-touriste dépense sans compter tout son argent dans le tee-shirt, les drapeaux, les restos, l’alcool, la fiesta commerciale… et tout est fait pour que l’argent ainsi récolté aille directement dans la poche des amis de la Fifa. Tout est fait aussi pour qu’aucun lien ne soit possible entre ces touristes et la rue brésilienne.

Le luxe pour les supporters et la misère pour les brésiliens, c’est la devise de la coupe immonde. De l’autre coté des ballons et des paillettes en effet, des hommes d’armes ont été mobilisés en masse pour imposer cette coupe immonde  : 157 000 individus armés, cagoulés, surentraînés (policiers et militaires), seront déployés. C’est un peu plus que le nombre de soldats ayant participé au débarquement de Normandie ce fameux « D Day » [1] que les principaux gouvernants du monde occidental sont venus célébrer en France en ce mois de juin 2014.

C’est donc à un « débarquement » infernal de forces militaro-policières, équipées de tout un arsenal destiné à étouffer physiquement toute révolte, que les brésiliens vont devoir faire face. Les jours prochains nous diront si les forces immenses déployées par l’État lui permettront de « maîtriser la situation » et d’assurer la victoire des profits immondes.

En tout cas, cette réponse étatique montre ce qu’est la démocratie mondiale  : quand tu veux obtenir la justice et la dignité, quand tu ne demandes qu’à vivre dignement, quand tu revendiques pour l’éducation, la santé et les transports, quand on ose te répondre qu’il n’y a plus d’argent pour cela… l’État dépense sans scrupule des milliards (plus de 10 milliards d’euros officiellement), déploie 157 000 individus armés (payés par la population) pour assurer les jeux du cirque et, surtout, pour garantir les profits de quelques uns.

Cette « coupe » n’est pas encore attribuée, mais elle est déjà pleine de sang.

Honte au pouvoir brésilien (soi-disant de gauche). Honte à Platini qui a osé demander aux brésiliens de se taire et de profiter de cet événement. Honte à la FIFA qui se gave. Honte à la France, au Brésil, à l’Espagne, au Portugal, à l’Italie, aux États-Unis, à la Russie et à tous les États qui vont participer à ce jeu de la mort. Honte aux médias de là-bas et d’ici qui minimisent l’ampleur de la révolte populaire, qui masquent ses raisons, qui vantent déjà le savoir-faire des flics (inspirés disent-ils du modèle français pour les «  gros bras  »). Honte et ridicule aux députés qui ont fêté la qualification française en se montrant à l’assemblée en tongs ou en maillots de foot. Honte à tous ceux qui n’en ont rien à faire des souffrances de la population brésilienne et qui n’attendent en bavant qu’une chose, le premier coup de sifflet faisant retentir le début de la compétition et ces premières victimes. Honte à vous.

A bas cette coupe immonde, solidarité avec tous les révoltés.

[1Le 6 juin 1944, à minuit, exactement 156 115 soldats et parachutistes étaient engagés dans les opérations. Environ 132 000 avaient déjà débarqué à cette heure.