LES CELLULES DU FANATISME

Dimanche 15 juin 2014, par cnt // Nationalisme / Identité / Religion

L’actualité vient encore d’illustrer comment la religion s’attaque aux hommes en souffrance pour leur faire avaler des croyances insensées. Le tueur de Toulouse, ou celui de Bruxelles, et d’autres encore, en Syrie ou ailleurs, ont tous fait ce voyage intérieur qui démarre par l’adhésion à des absurdités pour aboutir aux atrocités du fanatisme.

Faut-il encore le redire  ? S’il existe un lieu de désespérance dans lequel on peut se faire embarquer pour un tel voyage, c’est bien la prison. Dans ce qui est une machine à broyer, l’être humain réduit à un numéro d’écrou, est privé de sa liberté, coupé de ses proches. Cet éloignement affectif est toujours cruel, souvent insupportable. Tout devient alors bon pour le combler, y compris les pires théories. Dans l’histoire humaine on rencontre deux fois les cellules –au sens physique du terme  : dans les prisons et dans les monastères [1]. Ces petites pièces fermées au monde extérieur sont faites pour livrer l’individu isolé aux frayeurs des espaces infinis et des silences éternels.

Depuis plus de 20 ans, depuis au moins l’affaire Khaled Kelkal, on constate combien le prisonnier, mis en condition par ce système carcéral, est une proie facile pour les religions. Celles-ci lui offrent à la fois l’espoir, la communion et même la rédemption, avec une facilité hallucinante. Il lui suffit de cesser de penser, il lui suffit de croire ce qu’on lui dit de croire et d’affirmer sa foi. Quand un homme cesse de penser, quand il abandonne son esprit critique, tout devient possible, même et surtout le pire.

Tout ceci relève de la manipulation mentale. Eh bien, il se trouve que pour de nombreux zélotes de la répression et autres orienteurs patentés de l’opinion publique, il existerait une manipulation extrémiste (insupportable) et une manipulation modérée (recommandée). En conséquence, pour lutter contre les manipulateurs extrémistes, ils faudrait faire entrer dans les prisons encore plus des manipulateurs supposés modérés. Plus il y aura de curés et autres imans dans les prisons, moins il y aura de fanatisme, osent-ils insinuer [2]. Or, en prison on est privé de tout, sauf de religion. Il s’ensuit que la religion y progresse et avec elle le fanatisme. Car la religion porte en elle le fanatisme comme l’orage porte en lui la foudre. La prison quant à elle, est l’école du crime. On le sait depuis longtemps. Elle est maintenant, en plus, celle du fanatisme religieux. C’est la réalité objective, une réalité certainement dérangeante pour le lobby du «  tout répressif  ».

Pour lutter contre la manipulation, il serait bien plus sensé de ne pas commencer par en semer le germe, si modéré soit-il dans ce «  bouillon de culture » [3] qu’est la prison. Et si le pouvoir ne se décide toujours pas à supprimer le système carcéral, qu’il ouvre au moins les cellules qui sont la cause structurelle du fanatisme, que le prisonnier ait accès dans des conditions humaines à son conjoint, à ses enfants, à sa famille et à ses amis. Que l’enseignement du savoir y soit favorisé, plutôt que la diffusion des inepties religieuses. Ou que le pouvoir assume une fois pour toute la responsabilité d’y entretenir une pépinière de fanatiques.

[1Monastère, moines, sont des termes provenant du grec μοναχός (monachos), «  célibataire, solitaire, unique, dérivé de μόνος (monos) seul.  » (Wiktionnaire).

[2Voir, par exemple, dans «  Le Figaro  », du 03 juin 2014, l’article dans lequel le curé Viot, sous le titre « Islamisme en prison : à qui la faute ? », attaque en règle la laïcité et demande la multiplication des imans « modérés » en prison (et sous-entendu aussi, des curés). Cet article s’inscrit dans la logique d’une campagne sournoise menée par des personnalités politiques pour renforcer l’emprise des religions en prison.

[3Au sens biologique du terme : milieu nutritif dans lequel on fait croître les germes (en particulier, les bactéries infectieuses).