LE MONDE DE LA COUPE

Dimanche 23 février 2014, par cnt // Amérique du Sud

C’est bientôt la « Coupe du monde  », et des milliers de gens se rassemblent joyeusement pour fêter la participation de leur équipe nationale au mondial organisé par le Brésil. D’autres pendant ce temps, dénoncent le gaspillage grotesque de ce nouveau mondial : 15 milliards de dollars, rien que ça !

Depuis mars 2013, au Brésil, de nombreuses manifestations ont lieu pour exiger des transports gratuits mais aussi contre les dépenses inutiles de ce mondial et contre les délogements que le gouvernement a imposés pour le préparer. Des comités populaires se sont créés, et les mouvements de protestation se sont organisés et développés en dehors des partis politiques (la « gauche » est au pouvoir là-bas aussi) et des syndicats (contrôlés par le pouvoir comme toujours). En juin, des millions de gens sont descendus dans la rue pour protester. Du jamais vu, du moins depuis longtemps, au Brésil.

Non, tous les brésiliens n’iront pas dans les stades soit par choix, soit par manque de moyens (vu les prix des billets).

A la place ils auront droit à des coups de matraques ou des lacrymogènes dans les yeux. Les matchs seront encadrés par des fourgons de police militaire et autres CRS locaux. Selon les dires d’un certain ministre : « Nous ne permettrons pas que des manifestations perturbent les événements que nous nous sommes engagés à réaliser »

Et dire que « la France » s’est qualifiée pour ce mondial de la honte, et que beaucoup sont sortis de chez eux pour fêter cette fausse victoire (je ne pense pas que l’on ait « gagné » grand chose !). L’amour du foot, nous disent les supporters, peut dépasser les frontières ; espérons que les luttes sociales en feront de même !

En tous cas, le savoir-faire de note chère police a traversé l’Atlantique, puisque en novembre dernier, quelques brigadiers sont allés faire part de leur expérience à leur collègues brésiliens (c’est ça, la solidarité étatique).

Mais bon, le monde de la Coupe n’en est pas à son premier coup d’éclat, et ce ne sera pas son dernier. Pour la prochaine coupe, en 2018 en Russie, 27 milliards seront dépensés et encore plus haut, encore plus fort, en 2022 au Quatar, 200 milliards ! Ah ! la crise, c’est dur... pas pour tout le monde.

Précédemment, pour la coupe organisée en Afrique du Sud (2010) la construction de stades s’était faite après l’expulsion de milliers de familles. Le gouvernement ne voulait pas montrer la réalité des bidonvilles au côté d’un stade « Green Point » tout neuf. Ça faisait négligé devant les touristes qui aiment le football. Pour cacher la misère, au lieu de maisons et d’immeubles, c’est regroupés dans un camp appelé « Blikkiesdorp » que les pauvres ont étés parqués. Le mondial, disait la propagande officielle, était censé améliorer les conditions de vie, mais rien n’a changé. Toujours des promesses, et toujours les même résultats. La FIFA, qui ne s’oublie pas, quand à elle a gagné 4,2 milliards de dollars. Ne pas oublier que pendant cette coupe, nous avons vu certains footballeurs se mettre en grève, rien que ça, autour de l’un des leurs, un soi-disant « antisystème » plein de pognon, Nicolas Anelka. En octobre 2013, ce sont les clubs qui ont fait, à leur tour, de « l’antisystème » en refusant une taxe jugée trop excessive, pour leurs modestes budgets… des budgets qui leur permettent tout de même de payer des transferts de joueurs à 81 000 000 d’euros (Zidane, 2001), 96 000 000 (Ronaldo, 2009), 99 000 000 (Bale, 2013) et de verser des salaires annuels de 20 000 000 d’euros pour le N°1 par exemple ou de 12 000 000 d’euros pour le N°10. Après ça, ils peuvent pleurer sur les taxes ! Au total, une super équipe de football dispose d’environ 140 000 000 d’euros par an. Sans compter les bancs de touche, les arbitres, les soigneurs, les entraîneurs, les tenues, les directeurs, la FIFA, les ballons, les stades, les tondeurs de pelouse et autres...

Pour n’importe quel État, le social coûte trop cher, il faut faire sans cesse des économies supplémentaires, serrer la vis. Mais, pour endormir le peuple avec du spectacle, on peut dépenser sans compter. Et, pour le faire taire s’il se réveille, encore plus. Les moyens alloués à la répression ne sont jamais limités !