Grèce : résistance ouvrière et autogestion

Mercredi 17 avril 2013, par cnt // Grèce

Depuis quelques mois maintenant, voire quelques années, les Grecs
sont confrontés à l’une des variantes très violentes du capitalisme.

Ce face à quoi la population a expérimenté
plusieurs voies. Les réactions
épidermiques de la jeunesse révoltée
aussi bien que le syndicalisme réformiste
ont tous deux menés à des
impasses, comme il fallait s’y attendre.
La dérive nationaliste fascisante, celle
qui veut faire porter le chapeau de la
crise aux immigrés pour détourner le
peuple de ses véritables ennemis est
bien sûr une impasse majeure, même si
beaucoup de Grecs n’en sont pas encore
revenus.

Face à ces échecs, différentes perspectives
ont été envisagées, visant à
recréer une dynamique solidaire et progressiste.
Il y a eu entre autres les
actions collectives telles que les grèves
de péages et les comités de quartiers.
Une autre initiative à récemment vu le
jour qui nous paraît intéressante tant
dans le fond que dans la forme.

Il s’agit de la « résurrection » de l’usine
de matériaux de construction
Vio.Me à Thessalonique, abandonnée
par ses propriétaires. Nous empruntons
nos informations à « L’initiative de
solidarité » de cette ville. Les ouvriers
n’étaient plus payés depuis mai 2011.
Par décision de leur Assemblée générale,
ils ont pris l’initiative d’occuper l’usine
et de la faire fonctionner sous leur
propre contrôle, selon les principes de
la démocratie directe. Après plus d’une
année de lutte qui a attiré beaucoup
d’attention et da solidarité en Grèce
même mais aussi au-delà, ils ont effectivement
démarré la production le
mardi 12 février 2013, après 3 jours de
mobilisation intense.

De la rue à l’usine

La mobilisation a débuté par une
grande assemblée des travailleurs, d’organisations
et d’individus solidaires
dans un théâtre du centre-ville. A cette
occasion, la direction de l’action du
mouvement de solidarité a été discutée,
et l’ensemble des personnes présentes
a eu la possibilité de prendre le micro
et d’exprimer son opinion sur la lutte.

Le lendemain un concert de soutien
Depuis quelques mois maintenant, voire quelques années, les Grecs
sont confrontés à l’une des variantes très violentes du capitalisme.
INTERNATIONAL 17
a été organisé afin de collecter des
fonds et populariser la lutte. La mobilisation
a été aussi importante qu’inattendue.
Près de mille personnes n’ont
pu pénétrer dans le stade où se tenait le
concert car celui-ci était bondé.

Les travailleurs de Vio.Me ont
expliqué leur vision d’une autre société,
basée sur la justice sociale, la solidarité
et l’autogestion. Cinq mille personnes
conquises à la cause ont alors applaudi,
criant et chantant leur soutien.

A l’aube suivante, la mobilisation
s’est continuée par une manifestation
allant jusqu’à l’usine. Les travailleurs
ont repris leurs postes et le coup d’envoi
triomphal de la reprise de la production
s’est fait devant les caméras
des médias nationaux, locaux et alternatifs.
Les travailleurs ont ensuite organisé
une visite guidée de l’usine et
expliqué tous les détails du processus
de production pour les journalistes et
les participants au mouvement de solidarité.

La lutte ne fait que commencer

Le redémarrage de l’activité reste
néanmoins semé d’embûches. Les
coûts de production sont élevés et l’accès
au crédit est impossible en cette
période trouble. Les travailleurs restent
toutefois optimistes : le produit du
concert de soutien et les dons de particuliers
et des groupes devraient être
suffisants pour maintenir l’entreprise à
flot dans les premiers mois.

De plus à travers leur réseau de
solidarité, les ouvriers projettent de
trouver des débouchés et de distribuer
bon nombre de produits par le biais
des structures existantes de l’économie
sociale et solidaire. Les travailleurs de
Vio.Me. sont d’autre part déjà à la
recherche de nouveaux produits de
nettoyage, sur la base d’ingrédients
non toxiques et écologiques.

L’usine fabrique des matériaux de
construction de qualité (mortiers, plâtres,
pâte colle à carrelage et matériaux
de jointement, coulis imperméable à
l’eau, etc.) les travailleurs savent comment
améliorer leur qualité tout en
réduisant les coûts de production.

Le défi restant consiste à trouver un
marché pour ces matériaux, que ce soit
en Grèce ou dans les Balkans. Certains
produits pourraient être expédiés plus
loin encore, et être distribués à travers le
mouvement de solidarité international.

Nous saluons cette
initiative, illustrant,
dans les faits, que la
solidarité ouvrière
réussit là où le capitalisme
échoue et crée la
misère. La lutte menée
par ces travailleurs
sera, ne nous faisons
aucune illusion, parsemée
de pièges. Elle va
se trouver confrontée
directement à l’environnement bestial
du capitalisme. C’est pourquoi nous
appelons à soutenir cette lutte et à
témoigner votre soutient aux travailleurs
de Vio.Me en retranscrivant
ci- après leur appel à solidarité.
Des travailleurs CNT-AIT du bâtiment

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    Les coûts de production sont élevés et
    les premiers mois seront décisifs. Les travailleurs
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    optimistes quant au succès de l’entreprise,
    mais il faudra un certain temps avant
    qu’ils ne soit consolidé. Contribuons
    tous ! N’importe quel versement est utile
     ! Organisez- vous, dans votre lieu de travail,
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    l’autogestion sociale et réelle, sans la
    nécessité des intermédiaires, des politiciens
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    basée sur la proximité, la reconnaissance
    mutuelle et la solidarité.

Contact : protbiometal[chez]gmail.com