N O T R E - DA M E - D E S - L A N D E S

UN PROJET PHARAONIQUE TOUT À FAIT REPRÉSENTATIF DES « RÊVES » CALAMITEUX D’UN MONDE ABSURDE

Lundi 10 décembre 2012, par cnt // Actualité

Les grands travaux pharaoniques du Système ont eu en
général pour but de créer des structures permettant soit de
produire de l’énergie (barrages, centrales nucléaires...) afin
d’augmenter la quantité de marchandises disponibles, soit d’accélérer la circulation de ces mêmes marchandises (tunnels franchissant des montagnes, autoroutes, trains à grande vitesse,
aéroports). La vitesse à laquelle se réalisent les échanges est
gage de profit.

C’est dans cette tentative de réduire
l’espace en gagnant toujours plus de
temps (puisqu’en système capitaliste le
temps c’est de l’argent, la vitesse du
profit), que s’est développé de façon
dramatiquement exponentielle le trafic
aérien (trafic apportant sa quote-part
au réchauffement climatique, c’est-à-
dire : recrudescence des ouragans,
montée des eaux, etc.). Drapé dans ses
atours démocratiques, le Système
présente toujours ses grands et
faramineux projets comme devant
servir l’intérêt général, et les populations concernées par les « modifications » voire les destructions de leur
lieu de vie sont mises devant le fait
accompli. Le système ne connaît
qu’une seule loi, un seul credo, la
recherche du Profit envers et contre
tout : le projet d’aéroport numéro deux
de Nantes s’inscrit bien dans cette
course au profit qui semble en l’occurrence pour le moins hasardeuse et qui
est de toute façon complètement suicidaire.

On ne sait pas encore si ce projet
(si par malheur il venait à se concrétiser) générera un jour de « l’activité
économique » (du profit pour certains,
de la misère pour les autres) mais ce
qui est sûr, c’est qu’il engendre déjà
une intense activité policière. Ainsi, le
14 octobre 2012, la République
déclenche l’opération « CESAR » (fine
allusion policière au célèbre petit village gaulois ?) : 1 200 flics sont lancés
à l’assaut de la zone occupée par 200
opposants au projet. Malgré les barricades défensives et les tranchées
creusées en travers des routes, les
forces de « l’ordre » son parvenues à
détruire six maisons abandonnées et
réoccupées et des cabanes d’occupants.
Les « légionnaires » de CESAR ont
opéré violemment avec la finesse et le
discernement habituel, c’est-à-dire des
violences multiples. La manifestation
du 17 novembre a eu pour but la réoccupation des sites. On peut noter par
ailleurs que les derniers recours
juridiques ne sont pas encore épuisés.

Mais pourquoi diable un nouvel
aéroport ? Nantes, ville dont personne
ne songerait à sous-estimer l’importance (surtout depuis que J.M.A. a troqué son écharpe de député-maire con-
tre le costume de Premier ministre est
déjà pourvue d’une structure aéroportuaire qui peut accueillir jusqu’à trois
millions et demi de passagers par an et
qui ne semble pas, pour l’instant,
tourner à plein régime, loin s’en faut.
Ce ne sont pas tant les plaintes des
riverains de l’actuel aéroport qui ont
poussé les politiques à envisager la
création d’une deuxième structure que
les projets de création d’une conurbation, une mégapole régionale qui réunirait Nantes à Saint-Nazaire. Dans les
années 70 un sénateur, un certain
Chauvy, avait rêvé d’un second
Rotterdam ! Quelques décennies plus
tard, la mégalomanie frappe toujours le
personnel politique qui est d’autant
plus sujet à développer ce type de
pathologie qu’il s’élève dans la hiérarchie.

L’idée
générale qui
se trouve au
cœur même
de
cette
volonté de
construire un
aéroport n°2, c’est que, de par son existence
même, il susciterait du trafic aérien :
une espèce d’aéroport-appât en
quelque sorte, un attrape-avions conçu
sur le modèle de l’attrape-mouches...
une logique imparable qui considère
que l’organe crée la fonction ! Par
ailleurs, l’actuel aéroport Nantes-Atlantique resterait en fonction
puisque l’usine Airbus, située à proximité, a impérativement besoin d’une
piste.

Ce « pari pascalien » (choper de
l’activité économique au vol) a un coût
énorme. Ce gigantesque chantier
devrait surtout rapporter un maximum
de blé à des marchands de béton bien
placés. Si l’on tient compte des accès
ferroviaires et routiers nécessaires au
fonctionnement d’un tel site, la réalisation du projet avoisinerait les 5 milliards d’euros. Dans ces temps
d’austérité imposée, voici une folie
impériale – ou CESARienne- des plus
coûteuses.

Quant au coût écologique (disparition d’un bocage de 2 000 hectares
–classé zone humide- abritant une biodiversité remarquable) il est tout simplement inchiffrable. Les risques d’inondation qu’entraînent ce genre de
travaux sont bien connus, mais passés
sous silence par les décideurs bien
qu’ils fassent régulièrement la une des
journaux : plus on bétonne les zones
humides, plus on assèche les tourbières, plus on fait disparaître les sur-
faces boisées et plus les risques d’inondation augmentent, avec, à la clé, toujours des dégâts importants et coûteux.

Plus ou moins placardisé dans les
années 70 pour cause de crise
pétrolière et d’opposition paysanne
imprévue, le projet renaît à la vie grâce
à Jospin, le célèbre prince charmant, en
2000. Les promoteurs s’engagent
même à livrer un aéroport alliant l’extrême modernité à une qualité environnementale exceptionnelle. Incroyable
mais vrai, nous disent les tenanciers du
PS (Pays des Songes), ce sera une sorte
d’aéroport-vert. Malgré le Grenelle de
l’environnement (vaste fumisterie) qui
prévoyait le gel de toute nouvelle construction aéroportuaire, le projet est
maintenu puisque garanti vert à 100 %
et il est déclaré d’utilité publique le 10
février 2008.

Après l’appel (de forme) d’offres de
rigueur, c’est VINCI qui emporte le
morceau, c’est-à-dire la construction et
la gestion pendant 55 ans. Anecdote
amusante : il paraîtrait qu’un préfet qui
fit, dit-on, beaucoup pour que ce projet aboutisse, exerce maintenant ses talents incontestés d’organisateur et de
décideur au sein de la hiérarchie de
l’entreprise VINCI. C’est certainement
ce qu’il est convenu d’appeler un
hasard de la vie professionnelle. Les
étatistes chroniques et invétérés qui
psalmodient à longueur de temps leur
credo en un État régulateur et impartial, protecteur de la veuve et de l’orphelin, seraient bien avisés de noter la
facilité avec laquelle les grands commis
de l’ État passent des sommets de l’administration à ceux de l’entreprise et
inversement (la fameuse « valse des
casquettes que rien n’arrête sauf quand
ça pète »).

Il y a ceux qui deviennent « super
cadres sup » ou même premier ministre
et ceux qui perdent tout, dans le « respect » de la fameuse égalité des
chances de notre belle démocratie, cela
va sans dire) : les paysans de Notre-Dame-des-Lande (et les occupants du
site après le 14 octobre). 50 exploitations agricoles vont être touchées et 11
d’entre elles sont appelées à disparaître
entièrement. Maisons d’habitation,
bâtiments, terres cultivées, tout ça
risque d’être englouti sous du béton.

Les Pouvoirs sont toujours urbains
et méprisent copieusement les paysans
(tout comme ils méprisent le « bas peuple » des villes, pas de jaloux !) et autres
ruraux qui habitent des espaces assimilés à des zones vides d’intérêts et de
sens, dans lesquelles on peut donc construire à tout va des autoroutes, des
voies ferrées, des zones artisanales et
industrielles, des camps militaires et
autres joyeusetés, sans tenir compte de
la vie et de l’avis des premiers concernés.

Mais voilà, il y a des traditions de lutte paysanne en Loire-Atlantique. C’est d’ailleurs le berceau d’un mouvement jadis relativement radical (en tout cas, plus que l’actuelle Confédération paysanne) qui avait manifesté une forte solidarité avec les salariés en apportant un soutien sans faille aux ouvriers en grève de Nantes et de Saint-Nazaire pendant tout le mouvement de mai 68.

Les paysans de Notre-Dame-des-Landes et des communes avoisinantes se sont groupés au sein de l’ADECA (Association de défense des exploitants
concernés par l’aéroport) dès 1972 et la lutte a repris lors du réveil du projet en 2000. Des tas d’associations écologistes et citoyennistes ont vu le jour, mais des collectifs nettement plus radicaux ont rejoint la lutte. Une coordination des associations opposées au projet se constitue en 2007 et en août 2009 l’occupation de la ZAD (« Zone d’aménagement différé », terme bureaucratico-administratif désignant une zone porteuse d’un magnifique futur projet, que les occupants ont détourné en « Zone à défendre ») est lancée. Petit à petit, les « zadistes » ont aménagé à leur façon la zone : réappropriation et remise en état des maisons vides, construction de cabanes (de relativement précaires à super-classieuses) au sol et dans les arbres, création de petits élevages, construction d’une boulangerie, etc. Ils fonctionnent en assemblée générale en s’inspirant de principes anti-autoritaires. Les bureaucrates des Verts ainsi que les politiciens de tous poils n’y sont pas les bienvenus. La manifestation du 17 novembre, dont l’objectif était la réoccupation du site a parfaitement réussi. De 14 à 40 000 personnes (suivant les différentes estimations) y ont participé avec l’appui de 400 tracteurs, preuve d’une réelle participation paysanne. Les occupants pourront reconstruire les cabanes et autres lieux d’habitation grâce au soutien de la population : les tracteurs ont
amené le matériel nécessaire.
Rappelons sur ce point qu’en mars 2012, 10 000 manifestants et 200 tracteurs avaient défilé dan les rues de Nantes.

Depuis le début de la résistance à la
construction de l’aéroport, le pouvoir a
cherché à criminaliser les opposants.
En juin dernier, le porte-parole des
paysans qui participait à une manifestation devant la mairie de Notre-Dame-des-Landes a été accusé de violence sur
les gendarmes avec usage d’une arme.
L’« arme » en question : son tracteur et
sa remorque, qui ont été immédiatement saisis. Le Pouvoir n’a pas non
plus lésiné sur les tentatives de décrédibilisation du mouvement. Trois jours avant la grande manifestation du 17 novembre, un vigile est agressé par des inconnus. Les médias imputent immédiatement cette agression aux opposants, au lieu d’envisager une possible provocation policière. Malgré ces manœuvres indignes, ceux qui ont localement perdu tout crédit, ce sont les Verts, empêtrés dans leurs promesses électorales et leur participation gouvernementale. Leurs tentatives de récupération de la lutte sont sans avenir.

Un aéroport inutile et dévastateur.
Des politiciens mégalos alliés à des
marchands de béton avides. Un
déploiement policier gigantesque avec
des violences systématiques. Des
opposants qui ne manquent ni de
courage ni de persévérance mais qui
ont besoin de soutien. Un vieux
monde à l’agonie. Mais on pressent,
hélas, que sa fin sera longue.

Un paysan, 18 novembre 2012.

VIOLENCE GOUVERNEMENTALE

Voici quelques extraits de la lettre ouverte que le Dr Stéphanie L. a adressée au préfet.

Présente à Notre-Dame-des-Landes les 24 et 25 novembre 2012, elle a soigné de nombreux blessés. Faute de place, nous ne publions que la liste du samedi 24, mais elle donne une idée des violences gouvernementales perpétrées sur les manifestants.

« samedi 24 novembre / Blessures par flashball touchant : le thorax pour 2 personnes avec un doute sur une lésion hépatique, la joue et la lèvre supérieure pour 1 personne avec probable lésion dentaire ou maxillaire, le genou pour 2 personnes, des doigts pour 2 personnes, la cuisse pour 2 personnes, les côtes pour 1 personnes avec doute sur fracture de
côtes, le poignet pour 1 personne. Plus 3 traumatismes de genoux, 2 traumatismes de poignets, 1 plaie tympanique, 1 choqué par gaz, 1 plaie de crâne suturée par 2 points, 1 plaie
de crâne suturée par 15 points. Plus 6 blessures par explosion de bombes assourdissantes
dont : 3 impacts dans les cuisses de 3 personnes, 1 impact dans l’avant-bras d’1 personne, 1 impact dans la malléole d’1 personne, 10 impacts dans les jambes d’1 personne, 10 impacts dans les jambes d’1 personne avec probable lésion du nerf sciatique, 1 impact
dans l’aine d’1 personne avec suspicion d’un corps étranger près de l’artère fémorale.
J’insiste sur la gravité de ces blessures par explosions. Les débris pénètrent profondément
dans les chairs risquant de léser des artères, nerfs ou organes vitaux. Nous avons retiré
des débris de 0,5 à 1 cm de diamètre, d’aspect métallique ou plastique très rigide et coupant. D’autres, très profondément enfouis, ont été laissés en place et nécessiteront des
soins ultérieurs. Impossible de prévoir les lésions secondaires ! Les hospitalisations n’ont
pas été simples. Mon confrère a contacté le SAMU et l’ambulance des pompiers a été
retardée par les barrages des forces de l’ordre (...). »