CLERMONT : NOUS NE SOMMES PAS NOMBREUX MAIS ASSEZ POUR INQUIETER L’ETAT ET SES PRETENDANTS

Mercredi 16 novembre 2011, par cnt // Actualité

Depuis quelques mois, l’Union Locale de la CNT-AIT 63 (créée en Juillet 2010) multiplie les luttes, les actions directes... Dans une ville fortement ancrée « à gôche », le capitalisme est le même... A travers cet article, nous vous proposons un résumé des luttes que mène la poignée d’anarchosyndicalistes clermontois. Sans permanents. Sans subventions.

Commençons par le soutien à T. Ce dernier était salarié au CLISMA (association d’accueil des migrants) durant 3 ans. Le CLISMA s’est dissout et une nouvelle asso, SAMA, fut créée avec sa participation. Il est même élu au CA. Précisons que la présidente de SAMA est élue Verte au Conseil Régional et qu’il y a une salariée du Parti de Gauche élue également. 6 mois durant, T. travailla bénévolement. Un contrat lui a été promis, mais n’a jamais été honoré, bien que rédigé... T. est donc venu nous voir (qui d’autre l’aurait défendu contre des « militants-patrons de gôche ? »). Notre syndicat, ainsi que d’autres de la CNT-AIT, ont écrit des courriers pour exiger son embauche. Refus de la présidente, et même mépris. Alors on a passé la vitesse supérieure. En plein CA de SAMA, nous avons envahi le local en exigeant son embauche. Action directe que ça s’appelle ! On a maintenu la pression, malgré le fait que la présidente (élue Verte donc) se moquait de nous, nous insultait (« pseudo syndicat », « punks à chiens »,...). Mais nous sommes tenaces. Le CA a voté son embauche à l’unanimité !

Mais ensuite, la présidente a appelé T. pour lui signifier qu’il ne serait pas embauché. Mais qu’il pouvait être aidé par des crapules de gauche. Nous n’abandonnerons pas. Un patron est un patron, fût-il « de gôche antilibérale ». La CNT-AIT se battra jusqu’au bout pour récupérer les droits de T.. Même si s’attaquer au management de SAMA, c’est s’en prendre à la mairie PS, aux Verts et au Front de Gauche...

La CNT-AIT 63 lutte aussi avec des sans-papiers. Non pas que nous voulons nous substituer à RESF et RUSF. Mais le moins qu’on puisse dire à leur sujet, c’est qu’il y a des dysfonctionnements... Nous menons actuellement deux luttes. V., d’origine kosovar, s’est enfui de son pays avec sa famille. Ce n’est jamais un choix de tout quitter mais une nécessité. Ni patries, ni frontières, ni États... V. a été embauché par une entreprise de Clermont, et avec son employeur, a effectué une démarche de régularisation pour obtenir un titre de séjour pour lui et sa famille. Monsieur le Préfet de la Région Auvergne a décidé d’appliquer à la lettre les circulaires de son supérieur, M. Guéant : aucune régularisation par le travail, nous sommes en crise, priorité aux français ou plutôt obligation de la remise au travail de ces feignasses de chômeurs et bien entendu, quotas d’expulsion à atteindre. V., sa femme et ses deux enfants n’auront pas d’autorisation pour rester. A ce jour, ils se retrouvent sans revenus, obligés de déménager, de se cacher pour ne pas être expulsés. Un réseau de soutien et d’alerte a été mis en place par notre syndicat.

I., quant à lui, vient de terminer ses études, un Master en informatique. Il a réussi brillamment ses examens, comme le souhaite M. Klarsfeld... L’entreprise auprès de laquelle il a effectué son stage, l’embauche. Il demande donc un changement de statut, d’étudiant à salarié, auprès de la préfecture. Cette dernière le lui refuse. Cet ex-étudiant a pourtant droit à une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler durant 6 mois. Mais non. Même ce qui est écrit dans la dernière mouture législative du droit des étrangers, que nous ne cautionnons pas, est refusé par le préfet, au pouvoir monarchique (Napoléon III, le retour ??). La préf. lui propose de réintégrer le statut étudiant et de travailler en tant que stagiaire, donc à moindre coût pour le patron... C’est I. qui décidera de son avenir, mais nous sommes à ses côtés pour le soutenir... Il nous le dit, il ne peut retourner en Mauritanie...

En tant qu’anarchosyndicalistes, nous voyons cette lutte comme une lutte de classe a-nationaliste et non une lutte législative.

Ensuite, si Clermont est une ville très à gôche (3 élus NPA par exemple...), la guerre aux pauvres est la même qu’ailleurs. En effet, début juin, le sénateur maire socialiste a promulgué pour la 4e année consécutive un arrêté municipal qui interdit tout l‘été la consommation d’alcool et la circulation d’individus avec des chiens non tenus en laisse dans l’hyper-centre et les quartiers les plus fréquentés de la ville, au prétexte de la venue de touristes... Pauvres, vous êtes aussi en vacances l’été, mais pas chez nous...

La chasse aux pauvres allait recommencer sans remous. Syndicats (SUD compris) et partis (NPA et LO compris) se distinguaient par leur silence complice. C’était nous oublier... A l’initiative de la CNT-AIT, fut créé le RAD (Réseau-Anti-Discrimination), composé aujourd’hui de personnes de différents horizons. Le RAD a donc mobilisé contre cet arrêté, avec l’aide des personnes les plus concernées (SDFs par exemple). L’arrêté n’a pas été annulé mais a créé une saine polémique dans les assos, partis, syndicats et dans la population... Les multiples actions (pique-nique sauvage et partagé, rassemblements devant la Mairie) ont reçu un accueil plus que positif ! De plus, des grilles de 800 000 euros sont en train d’être apposées autour du tribunal, là où se posent les SDFs en fait, par le Ministère de la Justice, avec accord de la mairie... Le RAD, asso. enregistrée à la préf., s’est vu refuser la demande d’un stand aux forums des assos par la municipalité, nous avons tenu un stand sauvage à l’entrée de la salle. Une pétition fut lancée, demandant à ce que la même somme de 800 000 euros soit donnée au RAD… afin que nous aidions les riches à accéder tranquillement au centre ville. Actuellement, plusieurs centaines de signatures ont été recueillies ! Le 29 octobre, une trentaine de personnes se sont rassemblées devant le tribunal, banderoles, cacahuètes, confettis pour inaugurer ce nouveau zoo. La CNT-AIT 63 ne lâchera rien. Guerre sociale contre le capital !

En plus de ça, nous continuons nos diffusions de tracts, nos tables de presse, nous avons présenté le film Vivre l’Utopie et l’anarchosyndicalisme à St Amand (ville de Chassaigne). Devant notre participation à la lutte des classes, ceux qui nous méprisaient (pendant les retraites) nous invitent à leurs débats publics... Notre syndicat a accueilli de nouveaux compagnons, et nous allons tenter de lancer une lutte sur la fac contre la Réforme Licence, signée par l’UNEF, et ignorée par la FSU et SUD, et qui finalise la vente des facs au MEDEF.

En quelques mois, le petit syndicat de la CNT-AIT 63 a prouvé qu’il était possible de lutter efficacement, sans compromis, contre l’État, le capital, et ses prétendants. Que les partis nous méprisent est pour nous une preuve supplémentaire de la véracité de notre combat anarchosyndicaliste. Le tout sans aide extérieure, financée par nos poches trouées... Comme le disent les compagnons croates, « On a eu assez de chefs, essayons une fois par nous même ! »

On vous donne rendez-vous aux Journées Libertaires !

Adhérent-e-s et sympathisant-e-s de la CNT-AIT 63