Comment lutter ? Par une Résistance Populaire Autonome

Samedi 4 septembre 2010, par cnt // Que faire ?

Qui n’a pas constaté l’inefficacité des actions des syndicats-
réformistes ? Depuis vingt ou trente ans, combien
de « Journées nationales » ? Combien de promenades syndicales
en centre ville ? Et pour quel résultat ? Pour des reculs
qui succèdent aux reculs ! Si les syndicats-réformistes, année
après année, nous envoient droit dans le mur, ce n’est pas un
hasard ; c’est qu’en vérité ils ont une mission bien précise à
remplir : « le maintien de la paix sociale ».

La raison en est simple : ils sont
inféodés au Pouvoir, leurs staffs en
sont même un rouage : comités
d’entreprise, conseils d’administration,
co-gestion de l’assurance maladie,
des caisses de retraites, des
prud’hommes, de diverses mutuelles,
fortes subventions directes
reçues aux titres les plus divers (formation
syndicale, congrès...) sans
oublier l’argent de la corruption
(celui des caisses noires de l’UIMM
par exemple) etc.

Parallèlement, ils entretiennent
l’illusion qu’ils nous
défendent. Surtout ils ont la
prétention de représenter
l’ensemble des salariés, des
chômeurs, de parler en leur
nom, en notre nom à tous...
alors qu’ils ne syndiquent
plus aujourd’hui qu’un pourcentage
ridicule de salariés.
Une majorité écrasante se
trouve en dehors de ces
organisations. C’est la
même chose pour les partis
politiques. Toutes ces organisations
nous abasourdissent
d’innombrables doléances,
de compassion sur la misère
humaine et d’appels fictifs à l’unité.
Elles jouent la bonhomie en façade
mais transforment les luttes en
champ clos de leurs rivalités. Leurs
militants ne sont là que pour
récupérer les luttes, les stériliser ou
les détruire quand ils ne parviennent
pas à les contrôler. Une fois le constat
établi, la conclusion s’impose :
il est nécessaire d’agir indépendamment
d’elles !

Pour établir une convergence
massive et efficace des luttes, dotons-nous d’outils de lutte mis en
pratique à maintes reprises au cours
de l’Histoire du mouvement ouvrier.
Créons des comités d’action
reposant sur ces principes : Les
décisions se prennent en assemblées
générales sous la forme de comités
(comités d’usine, d’étudiants, de
quartier, d’usagers...). Ces comités
doivent pratiquer la démocratie
directe : chacun d’entre nous (qu’il
soit syndiqué de base ou non-syndiqué)
est en mesure de donner son avis sur la conduite de la lutte, qui
n’est certainement pas le monopole
de qui que ce soit (fonctionnaires
syndicaux ou autres professionnels,
etc.).
Contrairement à tous ces
bureaucrates, nous pensons que ces
assemblées doivent être un moment
où nous devons nous laisser le
temps de débattre pour arriver à
prendre des décisions, décisions qui
doivent être l’expression propre et
consciente des personnes en lutte et
non des décisions imposées par
cette minorité rodée à la manipulation
qui sait user de méthodes
éprouvées (jouer sur les émotions,
empêcher toute réelle discussion
par une série de propositions et contre
propositions dérisoires, monopoliser
la parole, faire un empilement
de revendications corporatistes,
etc). Nous ne l’emporterons pas
boîte par boîte, quartier par quartier,
etc. Le Pouvoir sait donner à l’un
pour reprendre à l’autre et ainsi user
de la division. Ce que le Pouvoir
concède en hausse salariale est
repris aux consommateurs par l’inflation.
Ce qu’il octroie aux travailleurs,
il le récupère sur les
usagers. D’autre part, n’oublions pas
que les patrons compensent la
hausse salariale en intensifiant la
productivité (augmentation de la
charge de travail pour rester compétitif).

Pour nous, il est clair que le
cadre revendicatif doit se
penser en fonction de la
période actuelle : l’attaque
est globale, la
résistance doit l’être
aussi. Sans nier les
aspects catégoriels, les
revendications doivent
être unifiantes pour
éviter la mise en opposition
entre les salariés, les
consommateurs, voire
les usagers. Cela
implique de défendre
comme revendication
essentielle la satisfaction
des besoins fondamentaux
pour tous (nourriture, logement,
électricité, santé, culture,
transports, etc...).

Pour que notre lutte soit victorieuse,
employons des moyens efficaces,
toujours adaptés à l’état du
rapport de force. Nous avons par
exemple à notre disposition : les
barrages filtrants, les piquets
volants sur les axes routiers, aux
abords des grandes entreprises, des
zones industrielles ; dans les quartiers
populaires, aux entrées des grandes surfaces... Pour sensibiliser
partout où c’est possible le plus
grand nombre d’entre nous, organisons
des cortèges tintamarres un
peu partout et déployons des banderoles
sur des lieux visibles, multiplions
les interventions
publiques, les tables de presse ;
tout ce qui peut à court et moyen
terme favoriser l’agitation et permettre
la multiplication des
comités d’action et des assemblées
populaires autonomes, qui peuvent
se lier en fonction des zones géographiques
 : quartiers, villes, villages...
Attirons l’attention par des
rassemblements visant les lieux
stratégiques : Pôle Emploi, CAF,
DDTE, palais de Justice, mairies,
locaux de partis politiques, siège
des médias, quartier résidentiel des
élus... Ainsi, d’une part, nous occuperons
le territoire pour favoriser la
mobilisation de la population et
amplifier la lutte, au-delà de tous
les corporatismes qui divisent ; et
d’autre part, nous maintiendrons la
pression. Il faut chercher en effet à
accentuer le rapport de force à
notre avantage, ce qui doit s’inscrire
dans la durée, en veillant toujours
à ne pas épuiser notre
énergie.
Il faut affaiblir le plus possible
l’ennemi. Bien sûr, d’autres
moyens existent et ils seront à
étudier le moment venu. A ce propos,
l’Histoire du mouvement
ouvrier est riche à plus d’un titre.

La crise du capitalisme va servir
sans nul doute de prétexte à l’État
pour accentuer son oppression
envers nous. Face à la logique du
Pouvoir, il est temps de s’insoumettre
et de s’opposer à ses nombreuses
violences et attaques. Nous
ne nous apitoyons pas sur notre
sort individuel mais luttons collectivement
par l’action directe qui
« est la lutte de classes vécue au
jour le jour, c’est l’assaut permanent
contre le capitalisme. »
(Emile Pouget). La « Résistance
Populaire Autonome » en est la
concrétisation sur le plan pratique
car elle n’est rien d’autre que le
mouvement de masse qui rend
coup pour coup à l’ennemi.