AVIS DE TEMPETE SUR LA METEO

Jeudi 13 novembre 2008, par cnt // Actualité

13 octobre 2008 : un mouvement de grève éclate à Météo-France. Motif : refus par les salariés de la suppression de plus de 500 emplois et de la fermeture de 50 % des centres météo. A Toulouse, la direction, pleine de ressources et d’initiative, fait alors appel aux forces de police. Les CRS chargent les grévistes pour rétablir "l’ordre". Bilan de l’agression : un blessé côté grévistes, victime semble-t-il d’une bombe lacrymogène en plein visage.

Ces grévistes étaient venus de toutes les régions de France pour se réunir en assemblée générale (AG) à Toulouse afin de prendre des décisions de façon autonome et solidaire. Malgré cette action violente des forces de l’Etat, la détermination des salariés ne faiblira pas. Les jours suivants, les discussions vont s’engager avec la direction et les AG se succéder. Une semaine après, la direction refuse toujours de reculer et campe sur ses positions. Tout au long de la semaine suivante les AG continuent et pas loin de 500 personnes y sont présentes à chaque fois. La préfecture y envoie ses sbires et des éléments de la B.A.C. sont présents dans la foule. Ils y étaient en tout cas le jour de l’affrontement, car tout le monde sait qu’un gréviste est un criminel en puissance, surtout chez météo-france. De temps en temps une patrouille en uniforme et véhicule identifié vient faire un bref passage inopiné, tournant à proximité du rassemblement pour obliger les gens à s’écarter, histoire de rappeler qu’ils ne sont jamais très loin. La sono qui couvre les A.G. n’est pas très puissante (dommage !) mais les interventions se succèdent. Les résultats du vote sur la reconduction du mouvement tombent et c’est avec une large majorité que le "POUR" l’emporte. On apprend aussi au début de la deuxième semaine que le Nord-est a voté la reprise, mais, partout ailleurs, la volonté est à la résistance. Lecture est faite du communiqué d’un groupe de C.D.D. qui n’a pas voulu venir et a préféré faire lire son texte. Celui-ci entend ne pas participer au mouvement, non par désaccord sur le fond des revendications, mais parce qu’il estime ne pas y avoir sa place pour les raisons suivantes : d’abord parce que la lutte engagée lui semble corporatiste. Ensuite, ces CDD considèrent qu’une lutte doit englober tous les salariés sans distinction de statuts (y compris les CDD) et que ce n’est pas le cas. Puis, que cette lutte doit s’étendre au-delà de la Météo.

Le fait que la direction ait eu, d’emblée, recours à la force est significatif de l’état d’esprit du pouvoir et de ses intentions. Après cette première tentative d’intimidation, l’Etat, par l’intermédiaire de son représentant à la Météo, joue la montre, tout en exerçant une discrète pression policière. Il m’est vite apparu que les syndicats tentaient d’avoir la main mise sur la situation, mais les AG s’y sont opposées. Pour en revenir au groupe des CDD, il semblerait qu’il ait mal compris les décisions prises en AG d’étendre le mouvement. L’agacement avec lequel un délégué syndical (DS) a repris la parole à l’issue de cette lecture, coupant court aux éventuels commentaires ou mises au point, est une "pirouette" verbale signifiant que, forme respectée, on passe à autre chose. Cela montre bien que l’extension de la lutte n’est pas du goût des syndicats. Une personne, que je n’ai pu formellement identifier, a, malgré tout, protesté en déclarant que tout le monde avait le droit de s’exprimer. L’autre a tranché en disant : "Eh, bien voilà, c’est fait !" (sous-entendu, on n’en parle plus !). Il est inexact que la lutte se voulait corporatiste car la volonté qui s’est manifestée lors des AG allait bien dans le sens de l’extension, mais j’y reviendrai un peu plus loin. Il a également été annoncé qu’un rendez-vous avec le ministre était programmé et nécessiterait la présence de tous. Il a aussi été fait mention de la venue quelques jours plus tôt de Mme Imbert (PS) et d’un autre élu dont je n’ai pas compris le nom (la qualité du son !). Ils sont venus témoigner leur soutien, leur compréhension, mais surtout, leur désaccord à propos du piquet de grève. Le plus "intéressant" a, d’après moi, été le sketch d’un membre de la direction. Pour résumer, il a expliqué que toutes les mesures découlaient d’une décision politique et qu’il ne leur appartient pas de s’opposer aux décisions d’Etat Ce même personnage a insisté sur l’environnement libéral et la contrainte financière qui justifient cette politique, sans omettre de donner un exemple ou le manque de budget n’avait pas permis certaines réalisations. Affirmant comprendre l’inquiétude et le mécontentement des salariés, il insista bien pour dire qu’il n’était pas d’accord avec le maintien du piquet.

Il semble, qu’à l’image des deux élus, la volonté politique est d’avoir une grève qui ne se voit pas, ne s’entend pas et, surtout ne s’étend pas. La grève a pris fin le 24 octobre. Pas sur un mot d’ordre des syndicats, non, mais par décision de l’AG. Pas dans la débandade, ni dans la division, mais par une décision des salariés réunis en assemblée. Alors, que penser de tout cela ? Commençons par reprendre le point de vue de la direction, autrement dit de l’Etat-patron. Il est clair qu’il s’agit là de "mesures" découlant d’une décision politique (la RGPP). Si cette volonté politique a des conséquences sociales néfastes, il est logique et même rassurant qu’il y ait une "réponse sociale". J’entends par-là une opposition collective, de masse, autonome et auto-organisée, dépassant le cadre corporatiste. D’une manière plus large, un anti-libéralisme et un anti-capitalisme se fait jour, car il devient de plus en plus évident que le miracle libéral est basé sur l’illusion et le mensonge. Et c’est là que j’en reviens aux syndicats institutionnels. Le plébiscite des élus pour le système de la négociation via la représentativité et le cadre légal fixé, a pour but unique de confisquer à la population sa capacité à imaginer autre chose. Ceci explique bien l’orientation de la politique syndicale et son empressement à s’approprier la lutte. Ce syndicalisme, qui se vautre dans le "conflit de collaboration", transforme la négociation en un simple marchandage. Dans le cas présent, l’attitude des syndicats est conforme à leurs habitudes envers ceux qui sortent du rang. Le fait de préciser que "vous avez décidé la reconduction" sans s’y inclure par un nous, montre la tiédeur et la volonté de ne pas prendre, par un engagement ouvert, la responsabilité d’une lutte politiquement "incorrecte", tout en essayant de prendre le contrôle des AG. En d’autres termes, cela montre que le syndicaliste est un fonctionnaire et qu’il se démarque des salariés. Je ne mets pas en doute la bonne foi de tous les DS, car je suis persuadé que certains sont, malgré tout, honnêtes même s’ils continuent d’y croire ou veulent continuer à y croire ; et tout est fait pour les encourager dans ce sens. La manière dont a été ignoré publiquement le texte des CDD montre la volonté syndicale de réduire la lutte à des revendications corporatistes. Mais, la façon dont la grève a pris fin, est un tournant qui marque une évolution des esprits, un réveil de la conscience collective et l’évidence que la lutte des classes n’est pas terminée, contrairement au baratin officiel qui affirme que tout cela, bel et bien fini, est classé aux archives.

Il ne fait aucun doute que ce qui s’est passé aura des répercussions. Le problème général qui sort du cadre de météo France (sans l’exclure) est que, malgré la démonstration quotidienne de l’aberration et de l’inhumanité du système, les gens s’accrochent à ce modèle, sans être capables, pour l’instant d’imaginer autre chose. Guidés par les syndicats, les partis, les institutions, on s’en remet encore et toujours à l’état avec indolence, voire on se tourne vers le supra Etat européen. Autrement dit, nous légitimons par-là cet Etat qui prend des mesures contre nous tous. Ce même Etat nous met dans l’illégalité pour nous culpabiliser. Ce qui manque actuellement, c’est l’audace de remettre en question nos certitudes, nos idées fausses, nos préjugés, lesquels sont cultivés par un constant matraquage médiatique de propagande. Croire que s’occuper des affaires publiques, c’est-à-dire des besoins de notre vie quotidienne, est une affaire de professionnel spécialiste est une idée fausse admise et répandue comme une vérité quasi-sacrée. Ensuite, c’est en pratique et physiquement qu’il faut s’opposer aux obstacles que sont les institutions (syndicats, partis, Etats, et leurs ramifications) pour se réapproprier le pouvoir sur nos vies. Ce sont les Etats qui déclarent les guerres, pas les populations ! Ce sont les Etats qui inventent des lois pour nous priver de nos libertés, pas les populations ! Et c’est l’Etat qui envoie les CRS contre les grévistes, pas la population !

D’une part, il y a ce qu’il faut, c’est une chose. Nous devons décider d’une façon autonome hors de tout cadre imposé ; si cadre, il doit y avoir, c’est nous-même qui devrons nous le fixer. D’autre part, il y a ce qu’il ne faut pas continuer à faire, ça c’est autre chose. Nous ne devons plus continuer dans la crédulité, dans l’espoir qu’un syndicat, un parti, quelqu’un ou même un dieu, vienne faire à notre place ce qu’il nous appartient de faire. Tant que le pouvoir sera entre les mains d’une poignée d’individus, nous serons soumis et nous subirons, quoi que nous disions ! Le pouvoir ne peut être la propriété de personne et chaque individu aspire à être libre. Le droit n’est pas la liberté. Je redirai ce que d’autres ont dit avant moi : la liberté ne se demande pas, elle se prend !!!

Commentaire : la RGPP n’est pas une décision politique sortie du chapeau par un coup de baguette magique. C’est, au contraire, l’aboutissement d’une politique néo-libérale de la puissante Europe des patrons. Ceux-ci œuvrent bien-sûr avec la complicité des pouvoirs nationaux qui se plient en quatre pour satisfaire cette poignée de profiteurs sans foi ni loi. Cet objectif inscrit, comme tant d’autres exigences, au protocole du sommet de Lisbonne de l’an 2000 doit être réalisé à l’horizon 2010. Ceci explique, bien sûr, l’empressement et le zèle des vedettes politiques du gouvernement, ainsi que son intransigeance et sa langue de bois. Il est donc évident qu’aujourd’hui plus que jamais il ne sert à rien d’être tiède et d’espérer que prières, incantations et défilés tenant lieu de manifestations soient pris en considération. Il faut une mobilisation et une détermination comme celle qui s’est initiée à Météo-France, mais avec en plus l’enthousiasme d’abattre cet ubuesque et morbide mascarade, qui nous tient lieu de modèle, pour construire un autre futur.
Juanjo

_BAC : Brigade anti-criminalité _RGPP, Révision générale des politiques publi-ques _ CDD : Contrat à durée déterminée