LA VERITABLE UNITE SYNDICALE EST EN MARCHE : TOUS D’ACCORD POUR NE RIEN FAIRE !

Vendredi 10 octobre 2008, par cnt // Vie des politicards

J’ai eu du mal à me remettre à la plume. Après presque deux mois, je ne savais plus quel sujet aborder. J’hésitais entre les aventures burlesques de "Nicolas Diplomate", et celles de François "Che" rèque ("lider maximo" de la CFDT). J’allais me décider pour le premier (les considérations géostratégiques, c’est encore les vacances), lorsque Bernard Thibault m’a ramené à la dure réalité. Son interview au Monde (du 2 septembre 2008) : Un monument. Un tissu. Un concentré de mauvaises nouvelles.

Comme vous le savez, chers amis, c’est dans trois mois les élections prud’homales, les premières en date depuis la loi sur la représentativité syndicale. Les gagner ou les perdre est, pour FO, la CFTC, l’UNSA ou Solidaires [SUD], c’est une question vitale. Car ces élections compteront pour établir leur niveau de représentativité, l’honorabilité de leur condition, et l’enveloppe budgétaire qui va avec. Ou non. Et dans ce cas, malheur aux vaincus : on les méprisera, ils n’auront plus un rond (pas même de l’UIMM). Tandis que les heureux élus nageront dans l’opulence et les fastes étatiques. A ce petit jeu, seules la CGT et la CFDT sont assurées de rester gagnantes.

C’est bien pour cela qu’elles se sont retrouvées seules signataires, avec le MEDEF (les gros patrons) et la CGPME (les petits patrons), de l’accord sur la représentativité. Et incidemment (car c’était la cerise sur l’énorme gâteau que leur offraient Sarko et le MEDEF) seules signataires de la remise en cause des 35 heures. Sans combat, sans émoi. Alors que les salariés dans leur ensemble y sont absolument hostiles. Mais, on n’a rien sans rien, c’est ce que leur avait expliqué Nicolas Sarkozy.

Vous pensez bien qu’FO, la CFTC, l’UNSA, SUD, se sont jetés sur l’argument. Depuis juillet, ils ne lâchent plus les deux pourris-gâtés du syndicalisme gouvernemental. Avec cette sombre histoire des 35 heures. Dès qu’ils en ont l’occasion, ils les traînent dans la boue. Et les traitent de vendus. Cela ne va sûrement pas aller en s’arrangeant d’ici le 3 décembre, date des élections aux conseils de prud’hommes.

Quant aux deux ravis de l’accord sur la représentativité, ils s’emploient à faire taire leurs "calomniateurs". LeChé (rèque) s’est donc fendu d’un bouquin qui annonce la couleur, "Si On Me Cherche..." (Je vous résume l’ouvrage : si on le cherche pour signer des accords avec le patronat, on sait où le trouver, de toutes façons il ne refuse jamais). Et Thibault proteste de sa respectabilité en donnant une interview au Monde. Comme tous les gens sérieux. Comme les patrons. Comme les ministres. Comme lui, Bernard Thibault, secrétaire général de la Confédération Générale du Travail. Et là, mon ami, tu vas pleurer.

Car après avoir évacué les odieuses accusations dont il fait l’objet (les 35 heures ? "C’est un mensonge. Quand le gouvernement a décidé de casser la législation sur le temps de travail, nous sommes descendus dans la rue"...), Bernard nous a sorti son cahier de revendications, en appelant à "faire du 7 octobre une journée de mobilisation, avec des appels à la grève et manifestations sur les thèmes retenus par les confédérations syndicales internationales : le travail décent, les salaires, les emplois stables ou la protection sociale".

Tu la vois où, la 41e année de cotisation pour la retraite ? Qui doit être signée avant le 31 décembre 2008 ? Puisque son application interviendra au 1er janvier 2009 ? La cherche pas, elle ne fait pas partie des "thèmes retenus par les confédérations syndicales internationales". Remarque, je ne voudrais pas me mettre, moi aussi, à calomnier la CGT. Et je sais bien qu’au 1er janvier 2009, quand on reprochera à Bernard Thibault de n’avoir encore rien fait contre l’allongement du temps de travail (41 ans au lieu de 40), il pourra nous répondre : "C’est un mensonge, nous sommes descendus dans la rue"... Car il y descendra, dans la rue. Tu verras. Au moins une fois. Mais tout de même... On ne peut pas dire que la loi Fillon sur les retraites, et son imminente réactualisation, l’empêchent pour l’instant de dormir.

Cette apparition un peu surprenante des confédérations syndicales internationales dans le discours de Bernard Thibault ne doit rien au hasard. Car la CGT en est. Depuis 1999, elle fait partie de la Confédération Européenne des Syndicats. Où elle a rejoint la CFDT, FO, la CFTC, l’UNSA, qui y étaient déjà depuis longtemps. Elle y occupe une place de choix : elle y représente, à la direction, le syndicalisme français dans son ensemble, celui de la CES en tous cas (CGT, CFDT, FO, CFTC et UNSA). Ce qui prouve qu’elle inspire confiance. Mais la CES, autant te le dire tout de suite, n’a pas grand chose à voir avec la Première Internationale des "regrettés" Karl Marx et Friedrich Engels, encore moins avec celle de Bakounine. Elle se définit comme un partenaire de l’Union européenne. Son objectif n’est pas de constituer un contre-pouvoir face à ceux du patronat, de la finance et des États, mais d’établir un partenariat avec ceux-ci dans la gestion des ressources humaines salariées. "Elle participe à l’élaboration des politiques économiques et sociales au plus haut niveau, en collaboration avec tous les organes de l’Union Européenne : Présidence de l’UE, Conseil de l’UE, Commission européenne et Parlement européen" (1)

Elle participe au pouvoir européen. Quoiqu’à sa modeste place. Uniquement consultative. Un peu comme en France feront, et ils le font déjà, les syndicats représentatifs. Car la loi sarkozyenne s’inspire des pratiques européennes. Je te l’avais dit, tu vas pleurer.

La CGT, qui nous avait tellement trahis, en 1948, en 1968, et chaquefois que c’était nécessaire jusqu’à ces dernières années, n’est plus. Celle-ci ne nous trahissait qu’après mure réflexion. Dès que ça devenait sérieux. Le reste du temps on pouvait éventuellement compter sur elle. Pour les "luttes" minuscules. La nouvelle CGT, relookée après l’effondrement de l’URSS, et adhérente à la CES, est bien différente. Elle n’est plus la courroie de transmission du Parti Communiste Français. Elle est désormais celle de l’Europe « sociale » (et libérale). Voire celle de la France libérale (et "sociale"). Elle trahit tout le temps et à tous propos. Plus vite et plus fort parfois que la CFDT. Qui s’en inquiète. Et se plaint de cette concurrence déloyale (Selon Chérèque, la CGT ne ferait rien qu’à copier la CFDT). Tu me diras, c’est pas un scoop. Certes. Mais c’est bien la première fois que Bernard Thibault se revendique de la CES. Auparavant, il faisait le canard. Il n’avait pas tellement envieque ça se sache. Il avait peur que ça lui porte tort. Les premières élections de l’après-réforme de la représentativité ont changé la donne. Il n’y a plus de honte à co-gérer, c’est même devenu une obligation légale. Quand on est représentatif. Et il faut bien commencer à assumer ce rôle officiel. La CGT peut maintenant se lâcher. Ce qui ne présente pas que des désavantages.

En proposant aux ennemis du moment, FO, CFTC, UNSA, une "journée d’action" sur les revendications de la CES, elle les oblige à la boucler, à propos des 35 heures et du reste. Car, soit ils viennent à la manif, et ils auront alors du mal à traiter de traîtres le partenaire (en l’occurrence la CGT) avec lequel ils défilent. Soit ils n’y viennent pas, et c’est eux qu’on traitera de traîtres. Comme dit Thibault : "La souffrance des salariés est réelle... Dans cette situation, l’urgence est à l’action et à l’unité". L’action d’abord : deux plombes de manif le 7 octobre. L’unité ensuite : on se met d’accord pour ne rien faire ; après quoi plus personne ne l’ouvre. Ni FO, la CFTC, l’UNSA, puisque c’est l’unité. Ni les salariés surtout, avec leurs assommantes histoires de retraites. Puisqu’ils auront eu une ballade en ville et l’impression étrange que leur année de taf en plus, tout le monde s’en tape (à part eux, les feignants.). Les élections du 3 décembre pourront ainsi se dérouler sans douleur. Sans calomnies. Sans perturbateur. Tranquillement. Paisiblement, surtout. Car ce n’est plus à démontrer. L’électorat aime la paix. Il manifeste parfois. Mais les grèves l’inquiètent. La polémique le révulse. Et l’agitation sociale l’effraie. Ce qui tombe bien : c’est aussi le cas de la gentille CGT de Bernard Thibault. Et de la respectable Confédération Européenne des Syndicats, dont elle est un membre éminent.

Je te l’avais dit : c’est à pleurer.

CNT-AIT de Lyon

1 - Voir /(http://www.etuc.org/r/64)