De la révolte à la révolution

Mercredi 5 décembre 2007, par cnt // Que faire ?

DE L ’ETAT PROVIDENCE A L ’ETAT POLICIER

S’il est vrai que l’histoire a
besoin de repères, les conditions
des dernières élections présidentielles
et législatives constitueront
certainement un de ceux-là. Cet
épisode met en effet en lumière
certaines particularités de la période
que nous traversons.

La fin du "compromis historique"
issu de 1944 (sur la base du
programme du Conseil national de
la résistance), semble scellée, cela
avec des effets sociaux qui dépassent
largement les frontières du
territoire français. Ces prochaines
années le capitalisme voudra continuer
son oeuvre de remise en
question des retraites, de la sécurité
sociale, de l’éducation pour
tous, enfin de tout ce qui constituait
le mythe de l’État Providence.

En parallèle les conditions de
travail, soumises à une concurrence
mondiale de plus en plus importante,
vont continuer de se dégrader.
La sécurité de l’emploi ne sera
plus qu’une exception et la précarité
sociale sera la règle. Le petit
monde politicien se charge de
nous faire avaler tout cela grâce à
des discours qui transforment
cette régression en un petit spectacle
quotidien. L’état sarkozyste
est bien le produit de cette situation.
Tout comme il y a un siècle,
quand les partis de gauche ralliaient
l’Union sacrée [1] pour envoyer à la boucherie la jeunesse
prolétarienne, l’opposition politique
soit intègre le gouvernement,
soit adopte ses thèses.

L’unanimité des élites que nous
observons aujourd’hui s’est d’abord
construite sur la thèse sécuritaire
débouchant sur la mise en
place, sous prétexte de faits
divers, d’une gestion policière des
populations et de leur contrôle
dans le cadre d’une politique liberticide.
Ce n’est pas autre chose que l’expression exacerbée du couple État- Capital, c’est-àdire du binôme d o m i n a t i o n - exploitation, qui régit cette société.

Les seuls "services publics" étatiques appelés à se développer
dans ce contexte (sans que l’on s’occupe, en ce qui les concerne,
de savoir s’ils
sont déficitaires
ou non) sont les
secteurs du
contrôle et de la
répression. Ce
n’est pas pour
rien : le pouvoir a
appris que l’histoire
est toujours
en marche, et que
rien n’est acquis. En développant
les forces répressives il tente de se
donner les moyens de faire face à
des luttes révolutionnaires.
Mais le mouvement émancipateur
en a vu d’autres, et toujours il
a pu renaître de ses cendres. En fin
de compte, les émeutes du 6 mai
puis la vague abstentionniste des
législatives démontrent, si besoin
en était, la perte d’adhésion populaire
aux mystifications du système.

AUTOORGANISATION DE LA RESISTANCE...

Dés lors, il n’y a rien d’étonnant
à ce que, sur le terrain, les militants
de la CNT-AIT se sentent en symbiose
avec des fractions de plus en
plus large de contestataires.
Depuis les émeutes des banlieues
en 2005, et plus massivement
depuis le mouvement contre le
CPE, une autre génération, qu’on a
pu voir le 6 mai, est entrée dans la
carrière avec une telle force que
tous les "révolutionnaires médiatiques"
s’en sont trouvés dépassés.
Tout ceci n’est pas sans conséquence
dans les entreprises.

Les travailleurs les plus conscients se
méfient des structures représentatives
et mettent en place, ça et là,
des formes d’auto-organisation qui
laissent sur la touche les syndicats
largement discrédités - et pour
cause. Des affichettes, des tracts,
des actions, initiés par quelques
salariés trouvent dans un contexte
adéquat très rapidement un large
écho dans les boites. Pour ne citer
que Airbus, SFR ou Promo-Accueil,
à chaque fois la direction, consciente
de ce risque, a dû monter au
créneau en écrivant personnellement
à chaque salarié. Enfin, ce ne
sont pas simplement des revendications
matérielles qui émergent,
mais aussi l’expression d’un profond écoeurement ; ce qui laisse la
place a des considérations plus
qualitatives et à des prises de
conscience.

La solidarité qui s’est organisée
cet été autour des sans-papiers est
un bel exemple. Ainsi, à Foix, petite
préfecture de 10 000 habitants,
une réunion d’information qui
visait à dénoncer des expulsions a
réuni 300 personnes. Elle s’est
transformée en manif spontanée,
en plein mois d’août, vers la préfecture.
Dans toute la France, des
actes d’entraide concrets, ont
empêché de nombreuse expulsions.
Plus significatifs encore, les
événements survenus le week-end
du 8 septembre 2007 à Aubervilliers
marquent une étape dans la
jonction des luttes populaires.
C’est l’attitude des jeunes du
"93", ceux précisément dont les
officines gauchistes disent qu’ils
n’ont pas de conscience politique,
qui ont fait reculer l’État. Une compagnie
de CRS, venue matraquer
des femmes et des enfants pour
les déloger de leur campement
devant une école, a reçu l’ordre de
se replier, devant le risque que les
actes de solidarité de la jeunesse
de cette banlieue ne débordent
sur une nouvelle révolte. Le gouvernement
a reculé. L’État commence
à mesurer la combativité de
toute une génération.

...ET COMBAT IDEOLOGIQUE

Constatons d’abord que
presque toutes les révolutions, à
l’exception notable de l’Espagne
36, ont eu lieu en l’absence d’organisation
révolutionnaire de masse.
Mais elles ont toujours eu lieu dans
un contexte et dans un milieu culturel
caractéristique.

C’est ce contexte qui est important
à évaluer, plus que le nombre
de membres de telle ou telle faction.
Pour nous, le moment est
plus que jamais à dénoncer les
mythes fondateurs du capitalisme
et de l’État, le travail, le nationalisme,
le sécuritarisme... Cette remise
en cause globale, qui permet de
saper les piliers du système et
aussi de fédérer les résistances qui
vont se faire jour de plus en plus
nombreuses, est forcément d’ordre
idéologique.

Ni représentative de qui que ce
soit d’autre que d’elle-même, ni
clandestine, la CNT AIT se propose
d’assumer très clairement et ce à
n’importe quel niveau cette priorité.
Aux mythes du pouvoir, la CNTAIT
oppose ses valeurs, celles du
communisme libertaire !

Z.

[1Après avoir défendu la position
inverse, dès le déclenchement de la
guerre de 14, les leaders de gauche,
malgré une forte opposition populaire,
se joignirent à la droite, dans une
"Union sacrée" contre "les bôches".