Un cas d’esclavage révélé à Lauzerte

Samedi 29 septembre 2007, par cnt // Agenda des activités des autres syndicats CNT-AIT

Sous le titre "Un cas d’esclavage à Lauzerte ?", La Dépêche du Midi
du Tarn-et-Garonne du 13 mars 2007 rendait compte de ce qui suit :
"L’affaire dite d’esclavage pour l’heure en est au stade de l’enquête (...).

Il y a deux semaines, des gens du CNT-AIT 82 (syndicat anarchiste des
travailleurs) (...) sont venus chercher celle-ci [la victime] pour l’extraire
de son logement insalubre et la mettre à l’abri (...)".

Cet homme, Alain, est venu frapper à notre porte, celle de l’Espace-Co de Lauzerte, afin d’échanger des vielles casettes audio contre un peu de nourriture. Nous l’avions déjà croisé dans les rues, vêtu de hardes, longeant les mûrs, le regard fuyant, enfermé dans un mutisme qui l’empêchait même de répondre à nos simples "Bonjour".
Saisissant l’occasion qui nous était ainsi offerte, nous avons entamé la discussion avec lui. Et là, une fois mis en confiance, les faits sont tombés comme autant de coups de poignard, à chacun des mots qu’il prononçait. Ce n’étaient pas des phrases, juste des mots, les uns après les autres, remontant du plus profond de lui-même.

Roué de coups, affamé, il travaille depuis plus de vingt ans, dix heures par jour, samedi compris, comme maçon dans une entreprise artisanale, sans véritable salaire.
Son patron, ne lui apporte à manger qu’une fois par semaine, dans un taudis sans nom dont il est propriétaire. Propriétaire, ce patron l’est d’ailleurs d’au moins une dizaine d’autres habitations, et celles là (promises à la vente ou à la location), de fort bon rapport.

Avec, dans les yeux de notre nouvel ami, la crainte de voir ses paroles répétées à son asservisseur, la peur d’une autre bastonnade à coup de manche de pelle comme la dernière fois, ou peut être pire, d’un coup de fusil. Nous (un groupe de militants de la CNT-AIT présents se soir là à l’Espace-Co) étions aussi émus que lui. Son témoignage, sorti des tripes, son visage, marqué de diverses contusions, la précision des descriptions des sévices ne pouvaient laisser planer le doute quant à la véracité de ses propos.

Nous avons décidé d’agir, et au plus vite, pour extraire cet homme de son enfer, je pèse mes mots, quotidien.
Après avoir pris les quelques jours indispensables à la préparation de la chose, nous avons organisé son départ, par un beau matin. Notre petit noyau de militants de la CNT-AIT s’est rendu sur les lieux, dont la description qui suit ne pourra rendre qu’imparfaitement l’état de désolation et de misère qui y régnait.
Au rez-de-chaussée, une pièce aux murs noirs de fumée avec pour unique meuble, une table et le seul point d’eau de l’habitat, un simple robinet. A côté, une pièce emplie de produits chimiques. Un escalier sordide, un trou béant dans le mur et,
à l’étage, une chambre : un "lit", une vieille armoire de guingois contenant quelques habits informes, un poste à cassette hors d’âge et détraqué.

A coté, la pièce faisant office de "cuisine", avec une vielle gazinière dont un seul feu fonctionnait encore, quelques rares aliments - quignons de pains, morceaux de sucre- soigneusement rassemblés dans un cageot qui, faute de table, était à même le sol, avec quelques plats et des couverts. Aucun chauffage à l’étage, un poêle à bois au rez de-chaussée.

En parallèle de notre action, le CCEM (Comité contre l’esclavage moderne), que nous avions saisi, entamait les démarches juridiques avec beaucoup de conviction.
Nous revoyons régulièrement à présent notre ami, il a trouvé le sourire, sa dignité, et l’éclat brillant dans les yeux est celui de ceux qui sont sur le chemin de la liberté.
(Article paru dans la presse de la CNT- AIT

PROCES LE 5 OCTOBRE 2007 - MONTAUBAN
Dans un pays dont les institutions développent toutes un discours de “protection” et de “droits de l’homme”,
cette affaire peut sembler bien paradoxale, d’autant qu’à l’origine de la plainte d’Alain se trouvent des anarchosyndicalistes.
Mais ces deux paradoxes ne sont en réalité que le résultat d’une oppression qui se masque toujours derrière de beaux discours.
Cette oppression, que nous subissons tous à des intensités variables, met en jeu des mécanismes qui vont de l’exploitation salariale au recours à la répression et à la prison. Nous récusons tous ces mécanismes.
Enfin, puisqu’il y a procès et que c’est de justice que l’on parle, nous dirons simplement que la seule justice serait de donner à Alain ce qu’il faut pour assumer son projet de vie : avoir de quoi s’acheter une ferme, pour s’installer à la campagne et vivre dans la liberté et la dignité le restant de ses jours.

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